L’émirat arabe riche en pétrole ainsi que le reste des Émirats Arabes Unis (E.A.U) aimeraient finalement obtenir 25% de leur énergie grâce aux ressources nucléaires.Par Stanley Reed Traduit par N. Bougeant
Abu Dhabi a beau être l’un des producteurs de pétrole les plus riches et importants au monde, l’émirat (qui est le pilier des Émirats Arabes Unis) n’en ai pas moins dissuadé à exploiter d’autres ressources énergétiques. Le pays, dirigé par un cheikh et qui possède plusieurs centaines de milliards de dollars dans ses réserves financières, s’est déjà engagé à dépenser 15 milliards de dollars dans les technologies d’énergie renouvelable, notamment en fondant un exemple de ville émettant peu de carbone et appelée Masdar.
Désormais, Abu Dhabi envisage sérieusement de se tourner vers l’énergie nucléaire. David Scott, un fonctionnaire de l’État d’Abu Dhabi, affirme que les E.A.U aimeraient finalement obtenir 25% de leurs ressources énergétiques grâce à l’énergie nucléaire. Cela pourrait nécessiter l’installation de six centrales nucléaires ou plus, pour un coût de 5 milliards de dollars, voire plus, chaque jour. La perspective de projets d’une telle ampleur pourrait déclencher une concurrence féroce entre les constructeurs de centrales nucléaires tels que Westinghouse aux États-Unis et Areva (CEPFi.PA) en France. Les fonctionnaires des E.A.U espèrent bientôt signer un accord de coopération nucléaire civile avec les États-Unis.
Pourquoi un tel pays, qui s’avère bénéficier de la cinquième plus grande réserve de pétrole au monde, serait-il intéressé par l’énergie nucléaire ? Comme la plupart des états du Golfe, les E.A.U ont vu une forte augmentation de leur demande domestique en électricité au cours de ces dernières années, du fait de l’émergence d’industries en pleine expansion telles la fonderie d’aluminium…sans parler du fait que cet état jouit d’une énergie qui ne coûte pas cher à ses habitants, encourageant ainsi la consommation de ceux-ci.
UNE PÉNURIE DE GAZ NATUREL
À l’instar de la plupart des pays du Golfe, Abu Dhabi n’avait pas anticipé la croissance rapide de l’utilisation d’énergie et subit actuellement une pénurie de gaz naturel, le combustible que l’on privilégie pour générer de l’énergie. Par ailleurs, Abu Dhabi aspire sérieusement à devenir un centre énergétique mondial qui créerait de très bons emplois même après que sa réserve de pétrole se sera épuisée. « Le désir de bénéficier de l’énergie nucléaire l’emporte sur l’économie pure », déclare Leila Benali, directrice des sections relatives au Moyen Orient et à l’Afrique de l’entreprise Cambridge Energy Research Associates à Paris. « Ce désir est alimenté par plus de facteurs stratégiques et géopolitiques. »
Les E.A.U dépendent déjà des importations de gaz depuis le Qatar pour 60% de leur génération d’électricité, mais il n’est pas du tout certain que le Qatar puisse fournir aux E.A.U le gaz nécessaire à leur croissance annuelle de consommation d’énergie, que l’on estime s’élever à 9%. Qui plus est, les faibles provisions de gaz contraignent les autres pays, tels que l’Arabie Saoudite, le Koweït et Dubaï (le deuxième plus grand des Émirats Arabes Unis) à brûler du pétrole et d’autres liquides afin de produire de l’électricité, en réduisant les réserves disponibles à l’exportation. « On constate avec inquiétude que de plus en plus manifestement le Moyen Orient est en pénurie, en forte pénurie, d’énergie, et en particulier de gaz naturel », a indiqué, dans un compte rendu récent, Neil Mc Mahon, un analyste de Londres travaillant pour l’institut Bernstein Research.
Devant faire face à ces trois défis, les E.A.U ont pendant un certain temps réfléchi à la manière dont ils allaient satisfaire leur besoin en électricité, qui, selon certaines prévisions, doublera d’ici 2020. Les analystes ont calculé que même si le pays multipliait les efforts pour développer des ressources solaires et éoliennes, ces dernières ne fourniraient qu’un maximum de 4% à 5% de sa capacité maximum de production, que l’on estime à plus de 40 000 mégawatts. Ainsi, les planificateurs du pays ont abouti à la conclusion que, pour des raisons à la fois environnementales et économiques, « le recours à l’énergie nucléaire était trop important pour ne pas être envisagé, », remarque Scott, directeur exécutif des affaires économiques de l’Autorité des Affaires exécutives, à Abu Dhabi.
MENACE D’UNE CONTROVERSE AU SUJET DE LA PROLIFÉRATION
Évidemment, il sera extrêmement difficile d’installer ne serait-ce qu’une seule centrale nucléaire qui sera mise en service d’ici 2020, étant donnés les obstacles que le pays doit franchir. Premièrement, même si les E.A.U ne pèsent pas lourd d’un point de vue militaire et sont un allié de l’Occident, les dirigeants de ce pays savent, à en juger la bataille politique qui sévit au sujet des tentatives de la société Dubai Ports World de s’approprier des ports américains, que toute incursion par un pays arabe dans l’arène nucléaire est susceptible d’entraîner une controverse. Peu importe l’ampleur des différences entre les pays qui forment les E.A.U, il est probable que les ambitions nucléaires de ces derniers seront rendues obscurcies par l’effort qu’ils fournissent afin d’empêcher l’Iran (situé juste de l’autre côté de Golfe Persique) de mettre au point un armement atomique.
En vue de dissiper certaines inquiétudes, les E.A.U ont promis d’adopter une succession de garanties et principes, y compris « les plus hautes normes de non-prolifération », ont-ils déclaré dans un communiqué. Hamad Al Kaabi, le représentant permanent du pays à l’Agence internationale de l’énergie atomique basée à Vienne, affirme que l’accord avec les États-Unis, en cours de négociation, « ne permet aucun transfert de technologie sensible » ni de « matériaux extrêmement enrichis », et qui pourraient éventuellement être utilisés dans la construction d’armes.
Cependant, Kaabi, un ingénieur en physique nucléaire qui a été formé aux États-Unis, indique que son pays est bien résolu à ajouter l’énergie nucléaire à sa panoplie d’astuces énergétiques, celles-ci étant de plus en plus nombreuses. « De façon évidente, notre pays a besoin d’un tel programme », poursuit-il. « Le besoin et les raisons qui le motivent n’évolueront pas. »

