Catégorie | Economie

Chine 2009 : le déficit de confiance

Publié le 15 January 2009

Chute des marchés boursiers de près de 65%, baisse de la croissance, augmentation du chômage…Pékin essaierait-il de se sortir de la crise en exportant plus ?

<br />Par Dexter Roberts traduction N. Bougeant
Voilà une question qui a beaucoup turlupiné les économistes du monde entier : qu’arrivera-t-il à la croissance économique chinoise en 2009 ? Tandis que certains prédisent un ralentissement de l’expansion économique de la Chine continentale, pour atteindre moins de 7%, d’autres espèrent toujours une augmentation du PIB de 9%, voire plus.
Aux dires des plus optimistes, la Chine sera capable d’encourager les demandes américaines et européennes, qui actuellement s’effondrent, en téléphone, télévisions, chaussures de sport et en une myriade d’autres produits. Leur plus grand espoir réside dans l’annonce par Pékin d’un plan de relance de 586 milliards de dollars. Tout aussi importants (bien que sans doute moins susceptibles d’en payer rapidement les frais) : les consommateurs chinois. Conscients d’une dépense accrue pour financer les infrastructures, de l’expansion des programmes d’assistance sociale, et des directives de l’État ordonnant aux banques d’accorder des prêts, les entreprises et consommateurs chinois se montreront à la hauteur des circonstances et dépenseront plus…tout du moins en théorie.
Une lecture rapide des derniers indicateurs économiques chinois n’est pourtant pas rassurante. En novembre, la Chine a enregistré une baisse de 2,2% de ses exportations. Il s’agit là du premier déclin depuis 2001, et il est probable que cette tendance continue à se confirmer tout au long de l’année 2009. La croissance de la production industrielle a ralenti pour atteindre 5,4% en novembre, son niveau le plus bas depuis février 2002. De plus, l’activité manufacturière a continué à baisser pour le quatrième mois consécutif, avec un PMI (Purchasing Managers’ Index, soit l’indicateur de l’activité manufacturière - une étude mensuelle mesurant l’activité manufacturière de la Chine et établie par CLSA Asia-Pacific Markets) de 40.9 en novembre, ayant ainsi diminué par rapport à l’indice de 45,2 en octobre. Après des mois d’inquiétude au sujet de son inflation, il se pourrait bien que la Chine s’oriente désormais vers une déflation, les prix ayant augmenté de seulement 2,4% en novembre.
2008, UN MAUVAIS CRU
Seule la confiance des consommateurs et entreprises pourra inverser cette tendance. Bien qu’il soit probable que l’économie mondiale peine encore à rebondir au moment du nouvel an chinois, la Chine compte sur les consommateurs pour refaire décoller les vents au détail qui se portent toujours bien. Cependant, la confiance est un bien tout aussi rare en Chine que dans le reste du monde.
Ce n’est pas sans amertume que les habitants des villes chinoises regardent rétrospectivement 2008. Les marchés boursiers chinois ont chuté d’environ 65%, affectant ainsi de nombreux secteurs économiques. Les prix du marché immobilier ont baissé de pas moins de 10% à Shenzhen et dans d’autres villes, et tout au mieux se sont stabilisés à Pékin et Shanghai, d’après le Bureau National des Statistiques de la Chine. Émergent alors des inquiétudes persistantes au sujet de l’augmentation des coûts des soins médicaux et de l’éducation, et il n’est donc pas surprenant que cet organisme rassemblant les données nationales ait enregistré en octobre une baisse de plus de 4% de la confiance des consommateurs par rapport à la même période de l’année précédente. Au mois de juillet encore, la confiance des consommateurs était croissante, mais cette époque paraît désormais révolue.Par ailleurs, la confiance en l’avenir de très nombreux habitants des zones rurales et travailleurs immigrés de la Chine se fait très rare elle aussi. Tandis que des millions de travailleurs immigrés retourneront à la campagne au début de l’année afin de célébrer le nouvel an chinois (le 23 janvier), il est probable que beaucoup d’entre eux viennent voir leurs proches sans les montagnes de cadeaux ou d’enveloppes contenant de l’argent et qu’ils leurs rapportent habituellement à l’occasion des fêtes.

PRÉVISION D’UNE HAUSSE DU CHÔMAGE
Du fait du déclin de l’exportation qui s’est étendu dans des provinces telles que le Guangdong, des usines ferment leurs portent, laissant souvent ainsi des employés n’ayant pas perçu leur salaire. Pas moins de 70000 petites et moyennes entreprises auraient fait faillite l’an dernier, d’après les estimations de Jeongwen Chiang, doyen associé de l’école de commerce Cheung Kong à Pékin. De façon générale, Chiang prévoit que ces faillites pourraient augmenter et affecter jusqu’à 20% des fabricants destinés à l’exportation. « Un de ces jours, la tendance à la croissance allait (sic) s’arrêter et ils n’y étaient (sic) pas préparés. Ils ne savent pas comment résoudre une récession, » prévient Chiang.On s’attend à ce que la tendance à la faillite mène à une hausse du chômage en 2009. Et il n’y a pas non plus beaucoup d’emplois vacants dans le secteur agricole pour les travailleurs immigrés licenciés. Le cabinet de conseil McKinsey & Co estime qu’un supplément de 300 millions d’habitants des zones rurales de la Chine devrait se diriger vers les villes chinoises au cours des sept prochaines années.
Les 5 millions d’étudiants diplômés cette année peinent déjà à trouver un poste d’employé de bureau. « La situation de l’emploi actuelle reste grave, a annoncé Yin Weimin, Ministre des ressources humaines et de la sécurité sociale, lors d’une conférence de presse tenue à Pékin en novembre. Mais les difficultés seront encore plus importantes au premier trimestre de l’année prochaine, », a-t-il ajouté, en citant comme principal facteur les faillites d’entreprises affectant les travailleurs immigrés.

Au cours d’une manifestation signalant l’affaiblissement de la confiance des consommateurs, des dizaines de milliers de travailleurs immigrés sont descendues dans les rues des villes du sud de la Chine comme Dongguan et Shenzhen, en bloquant la circulation et en exigeant le salaire qui leur était dû. Des grèves de chauffeurs de taxis ont éclaté à Guangzhou et dans la ville de Chongqing, dans le sud-ouest du pays, ce qui a contraint les autorités locales à prendre des mesures afin de réprimer les agitations. À Dongguan, le bureau du travail local est intervenu afin de rémunérer quelques employés. Par ailleurs, à Chongqing, l’ancien Ministre du commerce Bo Xilai s’est entretenu pendant trois heures avec les représentants des chauffeurs de taxis au mois de novembre, afin d’écouter leurs inquiétudes.
Évidemment, Pékin espère que son vaste plan d’investissement (environ un demi-trillion de dollars pour financer l’installation d’infrastructures, notamment des routes, autoroutes et des logements à loyer ou prix modérés) contribuera à la création de nouveaux emplois et incitera les consommateurs à dépenser. L’État a lui aussi ordonné aux banques d’accorder plus de prêts, en fixant un objectif de 588 milliards de dollars de prêts en tout pour 2009. Qui plus est, il vise une croissance de la masse monétaire de 17% l’année prochaine, augmentant ainsi par rapport au taux de 14,8% atteint à la même époque, un an auparavant. Vers la mi-décembre, le Conseil d’État chinois a délivré tout un ensemble de mesures politiques visant à encourager cette expansion - y compris celle des obligations émises par les entreprises pour financer les infrastructures - ainsi qu’à donner aux banques plus de liberté quant à la détermination de leurs taux de prêts. Le 22 décembre, la banque centrale chinoise a réduit ses taux d’intérêts pour la cinquième fois depuis septembre, baissant ainsi son taux de prêts étalé sur un an et servant de point de référence, ainsi que ses taux de dépôts, les faisant passer respectivement à 5,31% et 2,25%. « Lorsque le gouvernement central dicte un certain taux de croissance, les (gouvernements) locaux l’acceptent avec enthousiasme, explique David Li, directeur du Centre pour la Chine dans l’Économie Mondiale de l’Université de Tsinghua. C’est la meilleure façon d’engendrer une croissance. »Cela pourrait en effet confirmer la croissance des investissements relatifs aux infrastructures, qui représentent en Chine plus de 25% des investissements en actifs immobilisés, selon Jing Ulrich, directeur général des actions chinoises de la banque JPMorgan (JPM) à Hong Kong. Le défi à relever résidera cependant dans la confirmation d’une hausse aussi forte des investissements liés aux secteurs de la propriété et de la fabrication, qui constituent respectivement 24% et 32% de l’investissement total du pays et titubent du fait d’un excès de capacité. Les ventes de l’immobilier commercial ont chuté de près de 19,8% au cours des 11 premiers mois, tandis que les ventes de logements ont baissé d’environ 20,6%. Parallèlement, les secteurs industriels - de l’acier à l’automobile, en passant par les jouets et l’industrie textile - sont tous menacés par des excès massifs d’inventaire et une chute des prix. En effet, la croissance des investissements chinois en actifs immobilisés a déjà diminué au mois de novembre pour atteindre 26,8%, tandis que son taux était de 27,2% au cours des dix premiers mois. « Nous prévoyons une baisse des investissements au prochain trimestre, du fait de la lutte du secteur de l’exportation contre une demande affaiblie et aussi parce que les promoteurs immobiliers auront pour objectif premier de se débarrasser de leurs inventaires actuels, », a écrit Ulrich dans une analyse parue le 16 décembre.

LA DÉCISION REVIENT À L’ÉTAT
Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les entreprises chinoises, de leur côté, commencent à reprendre confiance. Et même si elles étaient enclines à augmenter leurs dépenses, il est peu probable que les prêteurs chinois se mettent soudainement à investir des capitaux dans chacune d’entre elles…car lorsque qu’il s’agit d’accorder des prêts, les banques publiques de la Chine persistent à favoriser de grandes entreprises publiques au détriment des entreprises privées chinoises, une tendance qui n’est sans doute pas prête de s’inverser, étant donné le climat économique incertain qui règne actuellement en Chine, affectée par de nombreuses faillites. « Ni les particuliers, ni les entreprises ne peuvent espérer une expansion de la demande…c’est donc à l’état d’y remédier. », relate Michael Pettis, professeur de finance à l’école de commerce Guanghua de l’Université de Pékin.
Ce constat inquiète Pettis : il cite à la fois la lenteur de l’appréciation du yuan et de la réinstallation d’une multitude de rabais des prix pour l’exportation comme étant des signes qu’au lieu de résoudre la situation, il se peut bien que Pékin essaie de soutenir la croissance économique en encourageant les exportations, une attitude qui pourrait donner naissance à une vague de protectionnisme à l’échelle mondiale. « Si la Chine commet les mêmes erreurs que les États-Unis et pense pouvoir se sortir de la crise en exportant, sans par ailleurs être contrainte d’encourager massivement sa demande domestique, alors un scénario semblable à celui des années 1930 se produira. Jusqu’ici, la Chine s’est comportée comme si elle pouvait se sortir de cette situation en exportant. Je suis très, très inquiet » avoue Pettis, qui prédit pour 2009 une croissance de l’économie chinoise de moins de 7%.

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