Le conseil d’administration de la banque se réunit tandis que Wall Street se demande si le PDG Pandit pourra résister à la pression, ou s’il va être forcé d’accepter un accord, ou un sauvetage du gouvernement américain.
Les actions de Citigroup ont poursuivi leur déclin incroyable durant la session du vendredi 21 novembre dernier, malgré une reprise générale du marché, indiquant qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour le PDG Vikram Pandit.
Pandit continue à se battre de toutes ses forces pour rétablir la confiance dans le marché. Il a déclaré qu’il n’a pas l’intention de disloquer la banque mondiale et qu’il a un capital suffisant pour résister à une sévère récession des consommateurs. Mais le cours de clôture de l’action était de 3.77, représentant une nouvelle baisse de 20% par rapport aux 4,71 de la veille au 20 novembre. La spéculation a continué de croître autour du fait qu’il n’aura guère d’autre choix que de céder la banque au contrôle du gouvernement.
Une diminution de la capitalisation boursière de Citi signifie que la banque est confrontée à une extrême difficulté aussi bien dans sa capacité à lever des capitaux que dans une revente sur le marché. « Quand une entreprise connaît un déclin du cours de ses actions, de cette ampleur et de cette profondeur, c’est un signal montrant que l’entreprise fait faillite. », explique Martin Weiss, fondateur de Weiss Research. « Le prix de l’action fournit le meilleur indicateur. C’est le ‘canari dans la mine de charbon’. »
Weiss affirme que c’est maintenant au Département du Trésor et à la Réserve fédérale de déterminer s’ils veulent une nationalisation pour Citigroup, à la Fannie Mae et Freddie Mac. « Quelqu’un va devoir se mettre en avant et dire ‘Ça suffit’. »
Si Citi exigeait un sauvetage par le gouvernement, elle serait de loin la plus grande faillite bancaire de l’histoire. Citi détient 2000 milliards d’actifs, soit environ six fois plus que ceux de Washington Mutual et trois fois plus que ceux de Wachovia.
Le drame des produits dérivés
En outre, la perspective d’un échec par Citi pose beaucoup plus de défis aux régulateurs, en raison de son énorme patrimoine en produits dérivés. Ces dérivés représentent essentiellement, pour la plupart, des paris sur les taux d’intérêt, les devises, et autres marchés, ainsi que des paris sur la probabilité de défauts de paiement par d’autres grandes sociétés (credit default swaps). En milieu d’année - 30 Juin 2008 -, le bureau d’Administration de la monnaie (Office of the Comptroller of the Currency ou OCC) affirme que la principale unité de la banque, Citibank NA, détenait une valeur nominale totale de 37100 milliards de dollars en produits dérivés, dont 3600 milliards de dollars pour credit default swaps. Ces swaps, qui au cours des derniers mois, se sont avérés être la catégorie de produits la plus dangereuse. En revanche, Wachovia Bank, rachetée par JPMorgan Chase lors d’une transaction négociée par les organismes de régulation, détenait seulement une valeur nominale 4400 milliards de dollars en produits dérivés, dont 404 milliards en credit default swaps.
Bien que la valeur théorique surestime le vrai risque de marché des produits dérivés, un autre risque souvent sous-estimé est l’exposition de la banque à la possibilité que certains de ses partenaires commerciaux, en face de leurs transactions, pourraient leur faire défaut. Pour chaque dollar de capital à risque, la Citibank était, au 30 juin dernier, exposée à hauteur de 2,58 dollars dans de tels risques de crédit, selon l’OCC. En revanche, l’exposition de Wachovia était 52,7 centimes pour un dollar, soit seulement environ un cinquième de celle de Citi en proportion de capital.
Tout le monde n’a pas perdu espoir. Mike Mayo, analyste financier au sein de la Deutsche Bank, a publié une note le 21 novembre dernier, expliquant que Citigroup garde encore une valeur fondamentale justifiant d’un prix cible de 9 dollars. Il estime que Citi dispose de 100 milliards de dollars de fonds pour couvrir ses pertes estimées à 50 milliards de dollars.
Lors d’une assemblée le 17 novembre dernier, Pandit a averti le marché que les pertes pour le portefeuille de prêts à la consommation de la banque pourraient s’élever de 1 à 2 milliards de dollars chaque trimestre à partir de maintenant à compter du premier semestre de l’année prochaine - chiffes beaucoup moins élevés que ceux de Mayo. Mais le marché a été plus touché par ce que Pandit n’a pas dit: La banque a classé quelques 80 milliards de dollars d’actifs pourris dans la catégorie des « titres d’investissements », une catégorie subjective de comptabilité qui permet à la banque de mettre de côté les actifs risqués et difficiles à évaluer dans l’espoir d’une reprise.
La partenaire de la onzième heure?
Beaucoup doutent que ces actifs seront récupérés et croient qu’ils finiront par porter un nouveau coup au bilan de la banque. Stuart Plesser, un analyste de Standard & Poor’s, affirme que les investisseurs surveillent de manière suspecte ces actifs et supposent qu’ils ne sont pas suffisamment évalués.
Certains analystes de Wall Street lancent encore l’idée que Citi pourrait trouver un partenaire d’affaires de la 11ème heure. Goldman Sachs, Morgan Stanley, et même American Express - auparavant rêve d’acquisition de Sanford Weill, le fondateur de Citi - ont été évoqués comme des prétendants potentiels. Les autres sont encore circonspects sur le calendrier: « Je ne crois pas qu’il existe aujourd’hui toute autre institution financière dans le monde qui ait le capital ou qui soit assez folle pour reprendre Citigroup. », explique Weiss.
Pandit, le conseil d’administration, et les autres dirigeants de Citi se sont réunis très tôt vendredi dernier. Mais avec le vent de panique sur le marché, leurs choix se sont amenuisés.
« Nous sommes en course dans un jeu de balle différent; ce qui nous amène à un jeu où personne ne se fait confiance. », explique Plesser. « Nous parlons de la peur des partenaires d’affaires institutionnels, qui conduirait à un amoindrissement des dépôts et des clients de l’activité de gestion du patrimoine, ce qui supprimerait la valeur de cette activité. Si cela se produit, nous devons avoir un plan pour vendre avant qu’elle perde de sa valeur. À de tels niveaux, cela n’est pas de leur ressort. »
Mara der Hovanesian traduction L. Traoré
