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Citigroup : l’heure de prendre des mesures draconiennes?

Publié le 20 January 2009

Les demandes de nationalisation de la banque se multiplient tandis que les bouées de sauvetage se font rares et que Citigroup entraîne le reste du marché vers le fond.

<br />Par Mara Der Hovenanesian et David Henry traduit par N. BOUGEANT   L’État devrait-il sortir Citigroup (C) de sa misère et se contenter de nationaliser le mastodonte financier?
Cela fait un bon moment que Citigroup est en mode crise. En plus des 44 milliards de dollars que lui ont versé des investisseurs privés, le Ministère américain des finances a injecté 45 milliards de dollars en plus dans l’institut bancaire. Les régulateurs se sont mis d’accord pour entamer la plus grande partie des pertes sur 306 milliards de dollars d’actifs. Puis, le 13 janvier, la banque a cédé le contrôle de son courtage Smith Barney et a fait allusion à une rupture plus importante encore.
Rien ne semble fonctionner normalement au sein de Citigroup, dont le marché boursier tout entier, victimes de ses ennemis, a été entraîné vers le fond cette année. Depuis la première infusion de capitaux versée par l’État en octobre, les actions de Citigroup ont chuté de 76% pour atteindre 4.53 points, l’indice bancaire ayant lui baissé de 43%. Leur foi s’émoussant rapidement, de plus en plus d’économistes, d’analystes, et d’investisseurs pensent que l’État doit prendre des mesures plus draconiennes et s’emparer de la banque. « Il se pourrait que l’État soit dans l’obligation de nationaliser [Citigroup], déclare Anil Kashyap, professeur d’économie à l’Université de Chicago et autrefois économiste au sein de la Réserve fédérale américaine. D’après l’analyste David Hendler, de l’institut de recherches CreditSights, « Citigroup cause des dégâts au sein du marché dans sa totalité, et la situation ne s’améliorera pas tant que le groupe n’aura pas retrouvé sa stabilité. » Citigroup a refusé de s’exprimer à ce sujet avant l’annonce de ses gains le 16 janvier.

Tandis que Citigroup a semblé se stabiliser au dernier trimestre, du moins en théorie, l’image financière de la banque pourrait rapidement se ternir. Au 30 septembre dernier, les actifs bancaires de Citigroup (l’argent que l’institut possède) dépassaient ses passifs (l’argent qu’il doit) de 63 milliards de dollars, soit 5,2% de ses actifs. Cette marge est ténue. Une banque devient insolvable lorsque ses actifs ne couvrent plus ses passifs. Néanmoins, même avant d’atteindre ce stade, une banque peut être remise entre les mains de l’État.

PROCHE DU GOUFFRE
La grande inquiétude des économistes au sujet de Citigroup concerne désormais son registre comptable. Il suffirait que la valeur de son portefeuille bancaire perde la modique somme de 1,2 milliard de dollars pour que Citigroup se rapproche du gouffre qui la précipiterait dans l’insolvabilité. Et un grand nombre de titres toxiques s’y dissimulent sournoisement. Citigroup possède approximativement 40 milliards de dollars de prêts à la consommation ou immobiliers. Tandis que l’économie continue à se détériorer, ces domaines sont particulièrement vulnérables à des pertes ou amortissements plus importants encore. « Plus vite l’on pourra identifier et mettre en quarantaine ces actifs toxiques, plus vite le rétablissement de la banque se fera, » indique Jonathan M. Duensing, chef du département de crédits aux entreprises du gestionnaire de trésorerie Smith Breeden Associates.

Malgré l’inévitable coup porté aux actionnaires et obligataires, une saisie fédérale pourrait avoir un effet bénéfique sur le reste du marché. En rachetant Citigroup, l’État pourrait séparer ses bons et mauvais actifs, exactement comme ce fut le cas après la crise des savings and loans qui a sévit aux États-Unis dans les années 1990. À l’époque, l’État avait fermé des centaines de banques en faillite, puis avait soldé leurs portefeuilles de prêts et immobiliers à des spécialistes de la restructuration. Le processus méthodique consistait à déterminer un prix pour les mauvais prêts des banques, donnant ainsi aux investisseurs une certaine confiance en la valeur de ces actifs.
De nos jours, le marché pourrait utiliser ce genre de méthode directe. Les acheteurs et vendeurs se sont engouffrés dans une impasse pendant des mois au fur et à mesure que les piles de dettes toxiques ont engorgé le système économique. Les sociétés privées de fonds d’investissement, les fonds vautours, et d’autres éventuels investisseurs qui pensent que les valeurs des actifs sont toujours déraisonnablement grandes, restent sur le banc de touche. Les vendeurs, y compris les banques, ne veulent pas diminuer le prix demandé par peur d’empirer leurs bilans. Cette impasse a été aggravée par les volte-face des stratégies adoptées par l’État. « On considère la toxicité des actifs comme étant bien plus nocive sur le marché » qu’au sein des banques, affirme Tom Barrack, fondateur de la firme d’investissement de fonds privés Colony Capital et gérant chevronné des actifs en péril. « Nous menons une lutte acharnée afin de regagner une certaine crédibilité financière ».

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