Lors d’un sommet à Paris le week-end dernier, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown et Silvio Berlusconi, les plus puissant chefs d’Etat européens, ont conclu discrètement que ce sera du chacun pour soi.
Diverses interventions publiques ont soudain vu le jour à travers le continent depuis dimanche dernier : l’Islande est en train d’élaborer un plan pour mettre ses banques à l’abri; le secrétaire au Trésor de Grande-Bretagne « médite sur certaines grandes étapes » pour faire de même; l’Espagne et le Portugal s’attèlent à garantir tous leurs dépôts bancaires, la banque centrale de Suède augmente ses prêts aux banques des pays nordiques; la Grèce, le Danemark, l’Irlande et l’Allemagne proposent tous de garantir leurs dépôts bancaires.« Chaque pays cherche à protéger ses propres entreprises et intérêts. », a déclaré l’analyste Dragana Ignajatovic de Global Insight. Cela peut même signifier de défier leurs propres principes: à peine deux jours que la chancelière allemande Angela Merkel ait critiqué le gouvernement irlandais pour avoir assuré tous les dépôts de ses banques, elle a été forcée de faire de même en Allemagne lundi dernier. Même l’anti-socialiste commissaire européenne chargée de la concurrence, Neelie Kroes, a également reconnu lundi que le plan de garantie des dépôts irlandais pourrait être « affiné ». Juste avant, elle avait critiqué cette décision et avait déclaré qu’elle était d’accord avec les critiques de l’Allemagne, pour ce qui est de la concurrence.
Il est peu probable que l’Europe soit en mesure d’agir de façon unie pour sauver ses banques en difficulté, du moins pas de la même façon que le plan Paulson de 700 milliards de dollars pour sauver Wall Street. L’Union Européenne ne peut ni augmenter les impôts comme le Trésor américain le peut, ni financer une décision de vente massive d’obligations d’Etats. En effet, une telle décision serait difficile car les principaux émetteurs - l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne - ont tous des courbes de taux différentes. Des émissions obligataires massives mettraient ces pays hors nomes quant au ratio Dette-PIB, critère de stabilité de l’UE. Les décisions prises jusque-là par les gouvernements seront-elles suffisantes ? Si l’effet escompté était de faire baisser le taux des prêts interbancaires, alors peut-être. Le London Interbank Offered Rate, ou LIBOR, pour un emprunt interbancaire de trois mois, a subi une baisse lundi dernier pour la première fois en six sessions; baisse relativement forte, trop forte. Mais nous ne sommes que lundi, et plusieurs grands pays, y compris l’Espagne et la Grande-Bretagne, n’ont pas encore révélé toutes leurs grandes idées. Bizarrement, le ministre des finances allemand a déclaré lundi que des solutions au cas par cas ne seront peut-être pas suffisantes - Peer Steinbrueck, a en effet annoncé lundi que ses fonctionnaires élaborent « un plan B » pour l’Allemagne, qui ne serait pas un plan à échelle européenne. Selon TradeTheNews.com, des rapports établissaient que l’Allemagne n’avait pas vraiment planifié une « couverture des dépôts » pour toutes les banques. La confusion persiste. Certains continuent de penser que l’Europe oublie sa force clé unificatrice: la Banque centrale européenne. Stephen Pope, stratège chez Cantor Fitzgerald, pense que « le meilleur moyen de calmer les marchés est que la BCE intervienne et agisse comme une sorte de banque de compensation, ou intermédiaire entre les prêteurs, afin d’aider à conserver la confiance quant aux remboursements des prêts interbancaires. »
Cela pourrait même être plus efficace qu’une baisse des taux, ou que la méthode actuelle de la banque centrale consistant à proposer des prêts individuels au jour le jour aux banques, ou à injecter des liquidités. Cela a déjà fait baissé le taux JJ, rendant ce marché très liquide, et laissant le marché de l’emprunt interbancaire sur un à trois mois toujours en proie à la peur.
Parmy Olson traduction L. Traoré

