Par Roger L. Kay traduction N Bougeant
En janvier, pour la dixième année consécutive, j’ai apporté mon petit ordinateur portable Jordana de marque Hewlett-Packard (HPQ) à une exposition commerciale tenue à Las Vegas. Toute l’industrie technologique s’y rassemble chaque année pour assister à une conférence, qui cette fois-ci a lieu au Consumer Electronics Show (plus connu sous les acronymes CES - en français : Exposition de la technologie électronique pour les consommateurs). En tant qu’analyste de l’industrie, je m’y rends pour la visiter avec des clients et d’éventuels clients, ainsi que pour m’informer des dernières technologies. Et j’aime prendre des notes. Le Jordana était une unité de démonstration présentée au cours d’une conférence de presse du groupe HP tenue en 1998 à Grenoble.
Tandis que je faisais chauffer la batterie de cette machine très fiable, puis la fermais de petits coups secs pendant que s’enchaînaient les réunions, j’ai encore été étonné par son côté pratique. Bien que désuet par définition, le vieux Jornada demeure (année après année) exactement le bon outil pour la tâche qui m’occupait alors, soit la prise de notes lors de rendez-vous programmés l’un après l’autre dans des salles situées aux quatre coins de la ville.
Chaque fois que j’ouvre cet appareil, je dois évidemment subir la moquerie de mes collègues. Mais en même temps, je suis frappé par un grand nombre de principes.
LA DURABILITÉ
On doit s’accoutumer à la longévité de la technologie. En effet, cet appareil pourrait facilement servir pendant encore une décennie. Cependant, à l’instar de l’industrie automobile avant lui, le marché informatique a habitué ses clients à une obsolescence planifiée, qui satisfait à l’exigence des fournisseurs de continuer à mettre au point et vendre de nouvelles technologies, que nous en ayons besoin ou non. Parmi les exemples de cet impératif commercial, on peut citer le remplacement du Windows XP de la marque Microsoft (MSFT) par son Windows Vista, les modifications continues dans la structure des ordinateurs Intel (INTC), ou encore l’invention récente par Sony (SNE) et d’autres fabricants qui présentent la technologie Blu-ray pour remplacer des formats de stockage plus anciens. Bon, je l’admets : il est évident que d’une certaine façon, les produits se sont améliorés. Oui, c’est vrai, ils sont dotés de plus d’accessoires. Mais ils ne deviennent pas toujours plus fiables pour autant.
Un second principe a beaucoup à voir avec la signification de l’expression : « il est assez performant ». Ce terme nécessite d’en préciser le contexte : qu’est-ce qui est assez performant, et en quoi l’est-il? De façon évidente, la performance du Jordana est sérieusement compromise. Mais il est très efficace pour ce qui est du traitement de texte. En effet, tous les écrivains et journalistes vont affirmeront que sur ce point, cela fait depuis le milieu des années 1980 que les vieux ordinateurs sont assez performants. Celui-ci est doté d’un processeur Intel StrongArm à 190 Hz. Certes, sa mémoire manque de capacité, puisqu’elle s’enorgueillit d’une simple RAM de 16Mb. Mais ces 16 millions de mégabits me suffisent amplement à prendre mes notes.
Plutôt que d’être pourvu d’un disque dur, l’ordinateur possède une mémoire flash de 16 Mb (un luxe considérable à l’époque où il a été conçu), qui lui permet de fonctionner rapidement et silencieusement, tout en utilisant peu d’énergie. Puisque les données affichées sur votre écran sont en fait enregistrées dans la mémoire flash, il est inutile de sauvegarder le travail : celui-ci est automatiquement sauvegardé lorsque l’on tape sur le clavier. En réalité, on regarde la version sauvegardée à chaque instant. L’écran d’une largeur de 20,8 cm est à peine coloré, et les polices sont sommaires, mais a-t-on vraiment besoin, pour taper un texte, d’une multitude de polices aussi colorées que celles des brochures d’agences immobilières, ou amusantes? Le système utilisé par cet ordinateur est celui de la toute première version du Windows CE de Microsoft, un OS extrêmement léger, et c’est le logiciel Pocket Word, lui aussi léger comme une plume, qui se charge du traitement de texte.
UN FAIBLE BESOIN EN ÉNERGIE, UNE BATTERIE PERFORMANTE
Le simple fait que j’utilise encore le Jordana est un témoignage de la durabilité des produits technologiques solidement conçus. Ces machines aux allures de robots Mars Rover vagabondent encore beaucoup sur le marché informatique, bien plus longtemps qu’envisagé par tous. Et ce qui fait réellement sortir le Jordana du lot, c’est en grande partie sa longévité. Sa batterie est incroyablement autonome : c’est le résultat d’une batterie performante associée aux faibles besoins en énergie exigés par les composants de celle-ci. Les publicités de ce produit affirment que sa batterie, composée d’ions de lithium et rechargeable, a une autonomie de 10 heures. Mais je l’ai quand même longtemps branchée avant de prendre l’avion, puis j’ai pris des notes pendant trois jours, j’ai pris mon vol du retour, et enfin j’ai transféré toutes mes notes cinq jours plus tard, le tout sans ayant une seule fois rebranché la batterie. De plus, l’évaluation de la batterie indiquait encore 62% d’autonomie restante (soit entre 6,5 et 7,5 heures). L’astuce pour faire durer plus longtemps les deux pièces qui permettent la sauvegarde est de les ôter de l’appareil et de les remettre dans la sacoche comportant celui-ci jusqu’à l’année prochaine. De cette façon, on peut augmenter de près de cinq ans leur durée de vie.
Une autre bénédiction formidable apportée par l’ancienne technologie est son instantanéité…et quelle instantanéité ! Pas comme les cinq secondes que nécessitent les ordinateurs actuels. Non, un « hop ! » : on l’allume. Puis « hop ! » : on l’éteint. Une grande partie de l’économie de la batterie se fait en se contentant d’éteindre l’ordinateur lorsqu’il est au repos, ce qui est réalisable grâce à son instantanéité. Son clavier est petit mais utilisable. Et malgré la taille relativement considérable de la batterie, l’appareil est aussi léger qu’un (gros) livre de poche. Que peut-on lui reprocher ? En plus, il rentre parfaitement dans mon sac à dos lorsque je me rends à vélo d’un rendez-vous à l’autre sur le Strip (un boulevard renommé de Las Vegas), tout comme lorsque je flâne sur le plancher de l’exposition.
Le transfert des données par Pocket Word vers un modem pour PC se sophistique un peu plus chaque année, puisque les interfaces deviennent de plus en plus compliquées au fil du temps, mais j’arrive toujours à m’y retrouver. À propos : le Jordana n’est pas l’unique élément de l’ancienne technologie qui me rends encore service. En effet, j’utilise encore une imprimante, une HP elle aussi, que j’ai achetée aux alentours de 1992. Cela fait donc 17 ans que je m’en sers. Seulement, le connecteur de cet appareil ancre celui-ci dans le passé.
Cette année, tandis que des responsables d’entreprises informatiques et financières se demandent comment, étant donnée la situation économique actuelle, ils vont pouvoir augmenter leurs revenus encore une année en vendant des PC aux quelques clients qu’il leur reste, il ne serait pas idiot de revisiter les principes de la durée de vie utile. Un bon outil devrait servir pendant longtemps.


