Le nouvel accord actuellement élaboré n’est pas à la hauteur des ambitions de la nationalisation partielle de sa rivale Commerzbank qui a été annoncée la semaine dernière et prévoyant que l’État ait une participation directe de 25 pourcents, ainsi que le pouvoir d’interdire le passage de toutes décisions majeures faites par les entreprises.
Cependant, la renégociation de Deutsche Bank est considérable, étant donné que son Directeur, Josef Ackermann, a insisté sur le fait que sa banque peut et va résister à la crise financière sans avoir recours à l’aide de l’État. Il a même ajouté qu’il aurait honte de prendre de l’argent à ce dernier.
« La crise financière amène le secteur bancaire à une réorganisation qui aurait été impossible il y a encore peu de temps », a affirmé Hans-Peter Burghof, professeur principal du département de finance de l’Université de Hohenheim, en Allemagne. Un analyste financier a indiqué : « L’État aurait en réalité une participation dans l’une des plus privées des banques privées allemandes. »
En septembre dernier, Deutsche Bank est parvenue à un compromis stipulant qu’elle achète une participation de 29,75 pourcents dans son unité Postbank au premier trimestre 2009, chaque action de celle-ci valant 57,25€ (soit un total de 2,79 milliards d’euros - 3,7 milliards de dollars) effectuant ainsi la première étape d’un rachat. Déjà à l’époque, on estimait élevé le coût de cette opération. « De toute évidence, Deutsche Bank espérait que la crise financière serait bientôt terminée, » a constaté Burghof.
Mais l’institut bancaire avait tord. Peu après la signature de l’accord, la banque d’investissement américaine Lehman Brothers a fait faillite et les actions financières se sont effondrées.
« L’achat s’est avéré être une grave erreur. Aujourd’hui, Deutsche Bank pourrait acquérir Postbank pour une fraction seulement de ce prix, » poursuit Burghof. À midi mercredi dernier, les actions de Postbank se vendaient à seulement un peu plus de 14€.
Voilà pourquoi l’accord est en cours de renégociation. Mercredi, les quotidiens économiques Handelsblatt et Financial Times Deutschland ont déclaré que la nouvelle version de cet accord était presque terminée et prévoit que Deutsche Bank finance une fraction de la participation grâce à ses propres actions.
Cette solution contraint Deutsche Bank à réduire ses dépenses en capital, tandis qu’il est actuellement difficile, de façon générale, d’engendrer des capitaux.
En échange, la société postale et de logistique allemande Deutsch Post obtiendra une participation d’environ 10 pourcents dans Deutsche Bank. L’État allemand détient 31 pourcents de la société Deutsche Post par l’intermédiaire de la banque de développement KfW, si bien qu’au final, il obtiendra effectivement une participation de trois pourcents dans le groupe Deutsche Bank.
ACKERMANN REFUSE DE BÉNÉFICIER D’UN ‘NOUVEAU DEAL’
L’issue de secours proposée par l’État pourrait convenir à Ackermann. Son refus catégorique de bénéficier d’une aide étatique afin de sortir sa banque de la crise financière impliquait que le directeur influent devait se montrer vigilant tandis que des concurrents du monde entier recevaient de l’argent public en guise de soutien. Aux dires d’un analyste, Ackermann risquait de subir un désavantage compétitif classique.
S’il acceptait ce ‘New Deal’, Ackermann pourrait faire d’une pierre deux coups. « Ce compromis lui sauverait la face », a commenté le spécialiste bancaire Wolfgang Gerke. Les avantages qu’il lui apporterait compenseraient son embarras, a-t-il ajouté.
Selon les journaux, la première fraction des actions de Postbank restera coûteuse pour Deutsche Bank car il n’y aura pas de rabais. Néanmoins, les actions de Postbank n’inverseront pas leur tendance avant l’été, ce qui signifie que Deutsche Bank devra attendre cette période avant de faire un OPA sur les actions de Postbank, qui ne sont pas encore déterminées.
Un porte-parole allemand a refusé de faire des commentaires sur ce qu’il appelle « une spéculation du marché ». « Nous maintenons notre investissement du premier trimestre, » a-t-il annoncé.
Deutsche Post n’a pas souhaité s’exprimer non plus. « Nous avons conclu un accord avec Deutsche Bank et nous nous en tenons à cela, » a déclaré un porte-parole de la société. Ce dernier a cependant confirmé que le conseil de supervision de Deutsche Post débattrait de l’accord au cours d’une réunion qui se tiendra mercredi.
Cela fait longtemps que la société Deutsche Post a essayé de se débarrasser de son unité Postbank ; mais au cours des derniers mois, elle a dû augmenter sa participation dans la banque du fait de la crise financière.
Lorsque l’accord original a été conclu en septembre, Deutsche Post s’est vu attribuer une participation de 50 pourcents dans l’unité Postbank. Cependant, la crise a contrainte cette dernière à vendre 1 milliards d’euros de ses actions en novembre. L’entreprise Deutsche Post étant l’unique acheteur possible, sa participation s’est élevée à environ 63 pourcents.
UN CUMUL DE PERTES
La semaine dernière, Postbank a avoué avoir subi un lourd déficit en 2008. Les initiés de cette société estiment qu’elle a perdu entre 600 millions et un peu moins de 1 milliards d’euros. Ce n’est donc pas étonnant que des spécialistes du domaine bancaire comme Gerke considèrent qu’Ackermann devrait cesser de refuser une aide financière provenant du fonds de stabilisation du secteur financier qui lui est accordé par l’État. Personne ne connait les risques que le rachat de Postbank est susceptible d’entraîner, ni ne sait combien de temps la crise va encore durer.
Mercredi, l’entreprise Deutsche Bank a annoncé, en se basant sur des résultats provisoires, avoir perdu 4,8 milliards d’euros au dernier trimestre 2008. Ackermann a admis qu’il était « très déçu ».
« L’environnement extrêmement difficile qui règne actuellement sur le marché a mis au grand jour plusieurs faiblesses de la banque, » a indiqué Ackermann lors d’une déclaration. D’après la banque, les pertes ont en partie été dues aux transactions sur des produits dérivés de crédit, sur des dérivés d’actions, ainsi que sur des actions boursières. Les gains de la banque ont par ailleurs été minimisés par des révisions à la baisse de ses valeurs et actifs, ainsi que par les coûts de sa restructuration.
Deutsche Bank a déclaré qu’elle prévoyait d’annoncer une perte nette de 3,9 milliards d’euros pour l’ensemble de l’année 2008. Les résultats finaux seront communiqués le 5février.


