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Google : la stratégie offensive

Publié le 05 September 2008

En 1983, dans un épisode de la série culte « L’agence tous risque », George Peppard, alias Hannibal, dit à Mr T. alias Barracuda : « un vieil adage nous dit que la meilleure attaque est une bonne défense ». A quoi Mr T. réplique : « tu n’as pas la bonne formule, cher ami. Une bonne attaque constitue la meilleure défense ». Et ils livrèrent bataille à des pythons ou autres serpents.
Mardi dernier, Google a « négligemment » lâché des informations sur son nouveau navigateur, nom de code Chrome.
Était-ce une attaque contre Internet Explorer de Microsoft ou encore une manœuvre de défense par rapport à Safari, le navigateur iPhone de Apple ? Assistons-nous à une bataille au sommet pour le meilleur système d’exploitation ?
Dans notre monde saturé de réseaux à haut débit interconnectés, il y a deux éléments majeurs : l’avantage physique et le portail.
L’avantage est constitué de matériels (tels que votre ordinateur de bureau, votre ordinateur portable ou encore votre téléphone portable) qui servent à faire des recherches, effectuer des transactions bancaires etc, sur la toile.
Jusque là, Google avec sa domination sur les moteurs de recherche, détient le portail.
Microsoft, au travers de ses ordinateurs, systèmes d’exploitation et un tiers du marché des téléphones portables, détient l’avantage physique.Cependant, les innovants Netscape et America Online prouvent que les choses vont extrêmement vite dans le monde de la technologie. S’assoupir est synonyme d’échec. Cela ressemble plus à une partie endiablée de poker qu’à un jeu d’échecs patient. Microsoft a tenté de s’offrir le CIEL et Google avec, mais a été repoussé par Yahoo. Et maintenant, en surface du moins, Google tente de grignoter une part de l’avantage de Microsoft en s’offrant son propre navigateur.
Ne vous y trompez pas : il n’est pas question que de navigateurs. Ils ont été le dernier terrain de bataille en date, cependant il y en a déjà plusieurs autres.
Microsoft détient 70% de parts de marché avec Internet Explorer, Mozilla Firefox en détient environ 20% et le petit norvégien Opera en a une tranche encore plus fine. Il y a ensuite Safari de Apple qui a fait ses preuves sur les ordinateurs Mac, et, oh surprise, détient 100% des parts de marché sur les iPhones. Un coup classique. C’est peut être bien ce que nous prépare Google.

Les premières versions de Netscape et Internet Explorer étaient juste des contenants. Un serveur remplissait ce contenant, donc votre écran, avec des textes, liens, bannières et autres images. Mis ensemble, tous ces éléments constituaient une page Internet. Le Web 1.0 était né, un catalogue numérique en gros.

La génération suivante de navigateurs que nous utilisons maintenant utilise des programmes issus de langages tels que Java, PHP, Perl, Python ou encore Ruby. Les pages Internet ne se contentent plus d’afficher de simples images. Elles sont vivantes, constamment connectées aux serveurs des portails pour mettre à jour les informations, cartes, bases de données et plus encore. Ces améliorations ont permis de mettre en route le Web 2.0 et a engendré de nouveaux services tels que Facebook et MySpace, qui relient presqu’intimement l’avantage physique et le portail. Cette analyse s’applique également aux pages comme Google Maps qui a la capacité d’ »écraser » et d’afficher des données géographiques.

Chrome semble présenter toutes ces caractéristiques. Pas de surprises toutefois, en effet cette première version rassemble toutes les caractéristiques de la concurrence.

Cependant, même cette technologie devient dépassée. Ne pas s’endormir, vous vous souvenez ? Il y a deux nouveaux marchés incroyablement porteurs. Premièrement, l’Internet mobile qui est déjà surexploité. Google dépense déjà des sommes titanesques pour essayer de détrôner l’iPhone d’Apple avec son téléphone baptisé Android. Google pense y intégrer son propre navigateur et de ce fait détenir 100% du nouveau marché. Il apparaît que Chrome et Safari ont la même technologie de base alors pourquoi pas ?

Malgré tout le réel engouement pourrait provenir d’un Internet avec une vraie capacité d’adaptation. En utilisant les millions de milliards de recherches que nous effectuons tous les jours, Google devrait bénéficier d’un avantage certain pour connaître les véritables attentes des utilisateurs potentiels que nous sommes. Google pourrait se servir de ce sur quoi nous travaillons, ou même de l’endroit où nous (et nos téléphones) nous trouvons.
Tout cela nécessitera un savant équilibrage entre l’avantage physique et le portail. Mettre en œuvre cela ou tout nouvel autre obus technologique, amènera des millions de personnes à télécharger et à rester fidèle à Google. Les millions de dollars de publicité suivront tout naturellement.  Si en plus c’est vraiment utile, nous changerons tous pour Chrome sans hésiter.

Mister T avait raison. Pas besoin de se défendre, toute la stratégie réside dans l’attaque. Rien ne pourra changer cela.

Andy Kessler traduction J.Lawson

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