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L’outsourcing subit les effets de la récession. (1ère partie)

Publié le 09 February 2009

Des projets informatiques discrétionnaires sont abandonnés tandis que les entreprises réévaluent leurs coûts, les ventes qui peinent à décoller et la croissance économique des prestataires de délocalisation.

Par Rachael King traduction N. Bougeant
Le déclin économique est devenu si intense que même le nombre d’activités de délocalisation diminue. Les cadres qui autrefois comptaient sur des entreprises étrangères pour s’atteler à certaines tâches informatiques ralentissent désormais quelques uns de leurs projets de délocalisation, soucieux de leur coût devenu trop élevé. Pour le comprendre, il suffit d’en parler à Steve Budny, directeur du service de délocalisation mondiale chez Oceaneering, un fournisseur d’équipement et de services d’ingénierie utilisés dans les industries pétrolière offshore et gazière. Tandis que le groupe Oceaneering (OII) lui-même n’a pas vu de ralentissement considérable de la demande, il prend néanmoins des mesures préventives visant à extirper des gains, constate Budny. Cette entreprise basée à Houston, au Texas, a enterré certains de ses projets informatiques et restreint quelques-unes de ses délocalisations vers l’Inde. « Nous n’avons pas renoncé à exercer certaines de nos activités là-bas, mais à court terme, nous effectuons celles-ci d’une manière différente », ajoute-il.
Oceaneering n’est pas l’unique entreprise à réévaluer le rôle de la délocalisation compte tenu de la crise économique mondiale. Tandis que des sociétés investissent encore dans des projets délocalisés afin de faire fonctionner des systèmes informatiques élémentaires, ils coupent le cordon d’accords discrétionnaires, affirme Avinash Vashistha, directeur général de Tholons, une société consultative en délocalisation. Le réexamen amoindrit les ventes d’une série d’entreprises qui fournissent des services informatiques et qui entravent la croissance économique dans les centres traditionnels de délocalisation, tels que certaines régions de l’Inde.
La sagesse conventionnelle veut que les sociétés tendent à délocaliser davantage tandis que la croissance se rétracte. Même si c’est souvent le cas lorsqu’une récession touche à sa fin, les spécialistes indiquent que ce pourrait être le contraire à des stades moins avancés de celle-ci, puisque les entreprises se bousculent pour réagir aux changements rapides des circonstances économiques. C’est seulement lorsque les cadres prévoient un rebond qu’ils se pressent à délocaliser ; l’objectif est de construire des ressources sans embaucher. « Notre entreprise a connu un marché de délocalisation faible pendant peut-être six mois, » relate Peter Allen, associé et gérant de Tehnology Partners International (TPI), une entreprise consultative en approvisionnement. Il ne s’attend pas à ce que cette situation change avant au moins les trois à six mois à venir.

UNE « TEMPÊTE IDÉALE » DE DIFFICULTÉS S’ABAT SUR L’INDE
L’Inde a été particulièrement touchée par cette récession, puisque 60% de ses accords de délocalisation sont signés par des entreprises américaines, dont beaucoup se sont battues pour résister à la crise. La crise économique mondiale s’est d’abord intensifiée en septembre. Puis les attaques terroristes à Bombay en novembre dernier ont rapidement inquiété les sociétés américaines au sujet de la sécurité à long terme en Inde en tant que destination de délocalisation.
Moins de deux mois plus tard, un scandale financier a ébranlé Satyam (SAY), le quatrième plus grand fournisseur indien de services de délocalisation, faisant ainsi naître des doutes quant à l’avenir de cette entreprise et soulevant des questions au sujet de la qualité de la supervision régulatoire des fournisseurs de services de délocalisation basés en Inde. « Une tempête idéale s’abat sur l’Inde en ce moment », estime Allen, gérant de l’entreprise TPI.
Tandis que le marché indien de la délocalisation croît toujours, son taux d’extension a considérablement chuté au cours de ces dernières années. Après une extension de 35% en 2007, le taux a ralenti pour augmenter d’environ 15% seulement en 2008, selon Vashistha de Tholons. Le groupe prévoit un plus net ralentissement de la croissance, dont le taux pourrait atteindre seulement 6% ou 7% en 2009.
Certaines entreprises choisissent de ne pas signer de nouveaux contrats. D’autres envisagent de renégocier des accords existant déjà. Aux dires de Christine Ferrussi Ross, directrice du service de recherche chez Forrester Research (FORR) : « Même aussi récemment que septembre, l’Inde était un marché de vendeurs ». Mais cette situation a rapidement évolué, et l’Inde est désormais un marché d’acheteurs où les clients sont bien mieux armés pour négocier de meilleurs taux et de meilleurs termes de services. Les clients de Forrester font appel à des vendeurs qui fournissent du travail et exigent un rabais ou une renégociation des contrats.
En fonction de l’importance de leurs comptes, certaines des 50 entreprises américaines les plus fructueuses dont les revenus s’élèvent à 10 milliards de dollars ou plus lancent un message d’avertissement : « Vous devez baisser vos taux de 10% à 15% si vos voulez travailler avec nous », déclare Ross.

LE BOOM DES DÉLOCALISATIONS S’ESTOMPE RAPIDEMENT
Même les plus petites entreprises font pression pour obtenir des rabais - et les obtiennent. Vizu, une société de mesures d’audience sur internet basée à San Francisco et employant 15 personnes, a récemment sollicité une entreprise qu’elle avait délocalisée en Inde après une rupture de deux ans. « Nous avons crée notre entreprise il y a deux mois et ils nous ont indiqué un prix qui approchait celui de la dernière fois, mais après négociation, on nous a accordé une remise de 25%, » relate Dan Beltramo, le PDG de Vizu. D’après Ross, les entreprises doivent cependant faire bien attention à ce que le contrat conclu soit équitable envers chacune des deux parties ; sinon, il se pourrait qu’elles se retrouvent avec une qualité de travail amoindrie.
À la même période l’an dernier, l’industrie de la délocalisation prospérait. Il y a encore six mois de cela, les clients s’inquiétaient du taux d’inflation indiqués dans les contrats de délocalisation offshore. D’autres se demandaient même si les fournisseurs indiens de premier rang allaient finir par accepter de mener à bien leurs projets, se rappelle Ross. En Inde, les salaires des employés augmentaient et le taux de renouvellement s’élevait tandis que la demande de main d’œuvre distançait l’approvisionnement. La combinaison de ce constat avec des taux de change défavorables pour les sociétés américaines a suscité chez de nombreuses entreprises l’ambition d’essayer de délocaliser vers d’autres destinations du monde, en Amérique latine mais aussi ailleurs.
Il y a deux ans, à Bangalore, chez Misys (MSY.L), un groupe leader de l’édition de logiciels afférant à la finance et aux soins médicaux, les taux de renouvellement des employés était de 30% et encore plus élevé dans les centres offshore que l’entreprise exploitait là-bas. Vers la fin du trimestre dernier, ce taux s’était effondré pour atteindre zéro. « Cela fait aujourd’hui 20 ans que je travaille dans l’industrie des logiciels en Inde, et je n’ai jamais vu de taux d’attrition à zéro », avoue Cory Eaves, DSI et DT chez Misys, qui emploie plus de 6 000 salariés dans le mode entier. Eaves souligne qu’au cours de ces dernières années, le taux d’inflation en Inde a atteint environ 15% à 17%, et pour 2009, il estime qu’il baissera pour être de seulement 7%. « 2009 sera une année éprouvante pour l’Inde », prévoit-il.  (fin de la 1ère partie).

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