Catégorie | Politique

La colère monte au sujet du commerce avec la Chine

Publié le 14 January 2009

Les belliqueux délégués au commerce américain incitent Barack Obama à durcir sa politique vis-à-vis de la Chine au sujet du dumping dans le marché de l’importation.

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Les récessions mondiales peuvent provoquer ce qu’il y a de pire en matière de partenariat commercial. La demande domestique en forte baisse a rendu les producteurs des deux pays victimes de surcapacité. Les sociétés américaines accusent désormais leurs rivaux Chinois de se débarrasser de leurs surplus de produits aux États-Unis - en les vendant à des prix inférieurs à ceux du marché. Ce différend pourrait représenter le premier défi commercial pour le prochain Président américain, Barack Obama, qui se doit de garder sa promesse d’une politique plus ferme envers la Chine, tout en prenant en compte la nécessité, pour l’Amérique, que la Chine finance un déficit budgétaire fédéral estimé à 1 trillion de dollars.

Par ailleurs, cette controverse est alimentée par l’activisme soudain du gouvernement Bush, que les lobbyistes américains ont souvent accusé d’être trop indulgent envers la Chine. À la Maison Blanche, Bush et son gouvernement ont classé beaucoup d’affaires de dumping, mais ont tenté d’éviter des conflits plus importants en restant silencieux. Cependant, le 19 décembre dernier, lors d’une de ses dernières prestations en tant que déléguée aux affaires commerciales du gouvernement américain, Susan C. Schwab a déposé une pétition radicale auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce, argumentant que la Chine aide de façon illégale des exportateurs locaux de produits de marques chinoises, des équipements électroménagers aux vêtements, en les subventionnant aux moyens d’accords de crédits et de prêts bon marché. ‘Les programmes sont coordonnés par les agences au sein même du gouvernement central et leurs tentacules touchent gravement les provinces et grandes villes’, déclare un membre du gouvernement chargé du commerce américain. Il est ici question de centaines d’entreprises.’
La Chine a nié les accusations, mais beaucoup de sociétés américaines cherchent à la contester. L’industrie textile américaine affirme que la Chine s’est emparée de plus de la moitié du marché vestimentaire américain pour la première fois cette année en puisant 10 milliards de dollars dans les nouvelles subventions destinées à l’exportation depuis juillet. Les lobbyistes de l’industrie souhaitent qu’Obama adopte une politique bien plus agressive, à la fois en renforçant les lois sur le commerce et en exerçant une pression diplomatique.

Il est très probable que le conflit le plus important concerne l’acier. En décembre, la Commission Internationale du Commerce des États-Unis, lors d’une procédure différente de la pétition amorcée par Schwab, a fixé des taxes comprises entre 35% et 40% sur certains produits chinois en acier afin de compenser les subventions présumées. ‘L’acier est souvent un des premiers indices révélateurs d’autres problèmes afférant au commerce, annonce Scott N. Paul, directeur exécutif de la Confédération pour la Production des États-Unis (Alliance for American Manufacturing), un groupe commercial basé à Washington. Il nous faut faire savoir que le recours de la Chine au dumping ne sera pas sans conséquences.’ Mais Pékin conteste les conclusions apportées par Washington au sein de l’OMC.

Depuis le mois d’avril, les exportations mensuelles d’acier de la Chine vers les États-Unis ont quasiment triplé. Les plus fortes hausses se sont en fait produites en automne - bien que l’économie américaine commençait déjà alors à entrer en forte récession. En octobre, les exportations chinoises d’acier vers les États-Unis ont battu un chiffre record. Parallèlement, les aciéries américaines sont exploitées à 43% de leur capacité, atteignant ainsi leur taux le plus bas depuis 25 ans, et des dizaines d’aciéries ont fermé. Après avoir annoncé des bénéfices record en 2007, la société U.S. Steel (X) a fermé des aciéries dans le Michigan, le Minnesota et le Missouri le 2 décembre dernier, laissant derrière elle 3,500 chômeurs.

Les délégués belliqueux au commerce américain affirment qu’une parie du problème s’explique par l’utilisation des subventions par Pékin, sa manipulation des devises, et par une réduction d’impôts pour les exportateurs en vue d’enrayer le chômage et de préserver une certaine stabilité. Les données suggèrent que la Chine cherche à accroître plus encore ses exportations d’acier de 2009, selon Barry D. Solarz, vice-président senior des départements relatifs au commerce et à la politique économique de l’Institut de Fer & de l’Acier (Iron & Steel Institute). ‘Ce que nous craignons, avoue-t-il, c’est que la Chine tente de se sortir de la crise économique en faisant du dumping sur notre territoire.’

William H. Barringer, avocat au barreau de Washington spécialisé dans le commerce et qui représente les producteurs chinois d’acier, rapporte que la plus grande partie du gonflement des importations effectuées à cet automne est due à l’installation de conduites de forage pétrolier. Cela faisait des mois que les commandes avaient été passées, à une époque où les prix du pétrole étaient élevés, remarque-t-il. Désormais, les exportations d’acier chinoises chutent. Barringer soutient que les producteurs américains tentent de faire de la Chine un bouc émissaire. D’un point de vue historique, c’est en tous cas ce que l’industrie américaine de l’acier fait actuellement, ajoute-t-il. Il y a toujours une crise qui survient.’

Un miracle bâti sur six ans
Plusieurs facteurs font de la Chine la cible principale des conflits autour du commerce, le plus grand de ces facteurs étant le déficit commercial record des États-Unis impliquant la Chine (soit 233 milliards de dollars au mois d’octobre 2008). Et depuis son entrée dans l’OMC en 2002, la Chine est devenu un poids lourd en matière de production. Il y a six ans, la Chine exportait peu d’acier. Depuis, elle a augmenté sa capacité de production, soit plus du double du rendement total des États-Unis, et produit désormais 40% de l’acier mondial.

Pékin n’a pas amélioré sa situation en encourageant une politique visant à dynamiser l’exportation. En novembre, la Chine a commencé à accorder des réductions de TVA sur des milliers de marchandises destinées à l’exportation, mais a réduit l’ampleur de cet avantage controversé en 2007. Pékin a également cessé de laisser le yuan augmenter par-rapport au dollar américain. Tandis qu’aucune de ces mesures n’est susceptible de porter atteinte à la règlementation établie par l’OMC, on s’est alarmé du fait que la Chine encourage les exportations tandis que les industries mondiales ralentissent.

Le professeur d’économie à l’Université de Pékin, Michael Pettis, va même jusqu’à comparer la réduction d’impôts par la Chine à la Loi tarifaire Smoot-Hamley de 1930, la loi américaine qui a fortement accru les droits de douanes afin de protéger les producteurs américains. Bien souvent, l’on rend cette Loi Smoot-Hamley responsable de la vague de protectionnisme qui a entraîné l’entrée du pays dans la Grande Dépression. À l’époque, l’Amérique était l’atelier du monde et souffrait d’une énorme surcapacité, alors même que le commerce mondial se contractait. ‘De nos jours, la Chine est dans une situation semblable, avance Pettis. Jusqu’ici, la Chine a agi comme si elle pensait pouvoir se sortir des difficultés en exportant beaucoup. Je suis très, très inquiet.’
Pete Engardio traduit par N. Bougeant

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