En plaidant coupable, Frank DiPascali ouvre la voie à une enquête plus poussée sur les méfaits de Bernard Madoff.
Depuis le début, très peu de personnes crurent que Bernard Madoff a monté tout seul une arnaque de 65 milliards de dollars. Le 11 août 2009, au tribunal de Manhattan, cette affirmation s’est révélée être un autre mensonge du financier. L’ancien bras-doit de Madoff, Frank DiPascali a plaidé coupable pour 10 chefs d’accusation portant sur son implication dans l’escroquerie et a accepté de coopérer. « Je lui ai été loyal. J’ai fini par devenir loyal sur une très, très mauvaise affaire » a t-il annoncé à la Cour de Justice.
Que DiPascali plaide coupable est une immense victoire pour les procureurs. En tant que directeur financier, DiPascali était en quelque sorte le visage du montage financier de Madoff. Lorsque les investisseurs avaient des questions, ils en référaient à lui et c’était lui qui leur fournissait toutes les informations nécessaires sur la stratégie d’investissement de la société. Au tribunal, DiPascali a affirmé avoir aidé Madoff à fabriqué de faux documents destinés aux investisseurs et aux comptables, effectué des mouvements de capitaux entre New York et Londres, en d’autres termes il a contribué à rendre réels des investissements qui n’existaient pas. « Cet homme sait où sont enterrés les cadavres » explique Robert Lamb, professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York.
DiPascali, âgé de 52 ans, explique avoir commencé à travailler pour Madoff en 1975 à sa sortie du lycée, et confesse avoir rejoint la fraude de Madoff dans les années 80, début des années 90, et c’est à ce moment là qu’il a compris que Madoff et lui promettaient aux investisseurs des transactions qui n’auraient jamais lieu.
DiPascali affirme que les transactions étaient « toutes fausses. Tout était fictif. C’était mal et à l’époque je savais que c’était mal ». Il dit avoir pensé que Madoff assurait ses arrières avec d’autres actifs et investissements au cas où certains investisseurs exigeraient d’être remboursés.
Avec la coopération de DiPascali, d’autres langues devraient également se délier. Une fois qu’ils verront que le gouvernement a un témoin particulièrement coopératif, aucun d’eux ne voudra rester sur la touche. « Il ne s’agit pas de la mafia » explique Kenneth Springer, ancien agent du FBI et président de Corporate Resolutions, une agence de consulting et d’investigations financières. « Personne ne voudra couler avec le navire ».
Toujours est-il que le travail des procureurs s’en retrouve facilité. Alors que le schéma de Ponzi est assez facile à démêler en lui-même, dénouer la gigantesque escroquerie de Madoff se révèle être un challenge. DiPascali jouera un rôle clé dans l’enquête, permettant ainsi de savoir qui d’autre à savoir bailleurs de fonds, employés ou membres de la famille, était impliqué et de retrouver également la trace de fonds cachés dans des comptes bancaires aux Etats-Unis ou à l’étranger. « Il reste de l’argent à trouver » affirme Kenneth Yormark, dirigent du cabinet de consulting LECG.
DiPascali est poursuivi pour complot, blanchiment d’argent, fraude boursière, conseils financiers frauduleux et virements bancaires fictifs entre autres. « Toutes les charges pouvant être retenues contre lui l’ont été » affirme Robert Mintz, ancien Procureur Général. « Ils veulent faire le maximum afin de ne pas être accusés de favoritisme ».
Le juge Richard Sullivan a ordonné le placement en détention de DiPascali sans possibilité de remise en liberté sous caution. Il risque jusqu’à 125 ans de prison si tous les chefs d’inculpation sont retenus contre lui.
Madoff qui a également plaidé coupable en mars dernier, purge actuellement une peine de 150 ans de prison.
Sullivan reste persuadé que la quête de la vérité n’est pas encore terminée. Il dit espérer en savoir beaucoup plus avant l’annonce du verdict concernant DiPascali qui devrait avoir lieu avant le mois de mai 2010.
« Il y aura de nouvelles révélations et la Cour statuera sur celles-ci » a déclaré Sullivan.
Un article de Ben Levisohn traduit par Johanne Lawson

