Catégorie | Economie

Le G7 veut éviter d’autres faillites à la Lehman

Publié le 16 October 2008

Malgré la persistance de la crise, tous les décideurs occidentaux ont assuré au monde anxieux que les dépôts de toutes les banques seraient garantit. Ils ont aussi dit que tout ce qui est nécessaire sera fait même si des moyens peu orthodoxes doivent être employés.

A présent débute le grand jeu de la confiance. Au cours des hauts sommets du G7 et du Fons Monétaire International qui se sont tenus le weekend dernier, les leaders occidentaux tentèrent de rassurer les banquiers pris de panique et les fonds de pension en termes on ne peut plus clairs que toutes les mesures nécessaires pour enrayer la crise mondiale sont en marche.Bien que peu renseignés sur les détails de ces mesures, de nombreux analystes souhaitent que, les actions puissantes et coordonnées des gouvernements occidentaux soient exposées : les faillites des grandes institutions financières telles que Lehman Brothers ne doivent plus être tolérées. Tous les fonds bancaires seront garantis. Les systèmes bancaires des nations du G7 seront inondés de liquidités sans aucune limite. Et si cela ne suffit pas, toute autre solution (même la moins orthodoxe économiquement parlant) sera utilisée au besoin. Le gouvernement britannique a largement anticipé le mouvement en prenant le contrôle du groupe Royal Bank of Scotland et HBOS est prévu être la prochaine d’une longue liste de ce genre dans toute l’Europe. Les quinze pays de l’Union utilisant la monnaie unique se sont rencontrés à Paris le weekend dernier. Ils ont promis de garantir les crédits bancaires jusque fin 2009, d’autoriser la mise en circulation d’actions préférentielles afin d’investir dans les banques en difficulté, et enfin d’octroyer des fonds si nécessaire. Le message passé par Jean-Pierre Landau, second sous-gouverneur de la Banque de France le 12 octobre dernier lors d’une réunion à l’hôtel Willard Intercontinental de Washington est classique : « Je pense que les conditions nécessaires à la stabilisation sont réunies » déclara t-il. « Cela paraît presqu’impossible de ne pas y arriver ». Dans un autre hôtel non loin de là, le président de la Réserve Fédérale de Dallas, Richard Fisher, annonça à la foule de banquiers internationaux venus l’écouter que les autorités américaines «peuvent et mettront de l’ordre sur le marché des crédits » et « continuera d’explorer chaque option et chaque voie ». Lors d’une conférence de presse au siège du Fonds Monétaire International (FMI), Dominique Strauss-Kahn, actuel directeur général, annonça : « je crois que nous avons des solutions adéquates et que le marché en sera le reflet ».

Retombées économiques mondiales
A l’ouverture des marchés lundi, il apparaîtra clairement si ces assurances verbales et toutes les mesures américaines ou européennes annoncées seront suffisantes pour résorber le gel des crédits et arrêter la grande braderie d’actions actuelle. Même si les marchés poussent un « ouf » de soulagement, la question est, combien de temps ce calme va-t-il durer ?

En supposant que les actions du gouvernement américain et celles de l’Union Européenne arrivent à relancer les marchés, l’attention semble maintenant porter sur ce que nous réserve l’avenir. Le paysage économique est sombre, pas seulement en Europe ou aux Etats-Unis, mais également dans les pays émergents qui jusqu’il y a peu étaient perçus comme des éclaircies. « A mesure que les marché s’éloignent de leurs peurs, ils commenceront à s’intéresser à l’impact des retombées sur l’économie » déclare Norbert Walter, économiste senior à la Deutsche Bank Group.
Dans les forums économiques et autres cocktails mondains, les acteurs de la finance réfléchissent profondément à l’implication de Washington que certains n’auraient jamais cru possible jusqu’il y a peu. Ce qui rend cette crise si différente des autres qui ont eu lieu ces 30 dernières années, c’est qu’elle n’est pas partie des marchés des pays émergents. Elle a frappé au cœur du capitalisme. Et contrairement aux précédentes récessions connues par les Etats-Unis, cette crise ne peut être résorbée par une nouvelle politique fiscale ou par des ajustements de la monnaie. Cela prendra des années de restructurations du système financier. Les retombées par conséquent, pourraient affecter le monde entier de manières imprévues et innombrables.
Une longue et lente convalescence
D’un accord général, les Etats-Unis vont faire face à une récession profonde, peut-être la pire depuis l’ère d’après-guerre. L’Institut de la Finance Internationale (IIF), qui il y a quelques mois prévoyait que les Etats-Unis n’entreraient pas en récession, estime maintenant le recul à 2% sur plusieurs trimestres et le taux de chômage devrait attendre 7%, ces estimations étant basées sur un succès du plan de sauvetage de la Réserve Fédérale et du Trésor.
Ne nous attendons pas non plus à ce que l’économie américaine revienne en force une fois que la convalescence débute. La refondation du système de crédit américain et le retour de la confiance prendront du temps. Bruce Kasman, économiste senior chez JP Morgan Chase prévient qu’il est bien trop tôt pour évaluer l’impact à long terme sur le comportement des consommateurs américains. Au Japon, les consommateurs se sont agrippé à leurs sous, ce qui a eu pour effet de différer la guérison d’une dizaine d’années.
Ne nous attendons pas non plus à ce que les marchés des pays émergents arrivent à résorber la crise. Malgré une baisse de ses exportations, l’économie chinoise devrait tenir, grâce à sa forte demande intérieure et à 1800 milliards de réserves de devises étrangères. Mais dans tout autre pays, un effondrement de la demande américaine et européenne causerait d’énormes dégâts même aux pays qui il y a quelques mois affichaient une certaine santé financière due à de forts excédents commerciaux. Les pays émergents seront durement touchés par une triple déveine : la chute de leurs exportations de produits manufacturés vers les Etats-Unis, la baisse des prix de leurs produits et une fuite de capitaux.

Chute des prix du pétrole
Commençons par les flux de capitaux étrangers : Bien que la majorité des pays développés ont de façon significative réduit leur dépendance aux emprunts extérieurs, leurs entreprises ont énormément emprunté à l’étranger pour financer aussi bien la croissance de l’immobilier que celle de l’industrie. Au cours des deux derniers mois, les réserves de devises étrangères de la Russie ont baissé de $40 milliards. Et de nombreux pays du Golfe Persique ont dû puiser dans leurs gigantesques richesses royales pour renforcer leurs valeurs mobilières et soutenir les projets immobiliers.
Les projets de l’IIF qui injectent des capitaux privés étrangers sur les marchés des pays émergents, dont le record a atteint 898 milliards de dollars en 2007, seront réajustés à 270 milliards de dollars d’ici la fin de l’année.
De plus, les pays qui dépendent fortement du pétrole et autres matières premières seront peut-être affectés plus tôt que prévu. Les prix du pétrole, par exemple, ont déjà plongé, passant d’un record de 145 dollars l’été dernier à 70 dollars. Cette zone demeure confortable financièrement parlant pour la Russie, le Venezuela, l’Iran et autres pays producteurs hors Moyen-Orient. Cependant à la conférence de l’IIF, David Mitchell professeur de management à l’Université de Calgary, a présenté un scénario selon lequel une baisse accentuée de la demande mondiale pourrait ramener le prix du brut à 25 dollars le baril, un niveau critique pour tous exception faite de l’Arabie Saoudite et de quelques autres nations du Golfe.
La crise amènera certainement à repenser tout le système financier américain. Mais les répliques sismiques demanderont une révision complète de l’économie mondiale.

Pete Engardio traduction J. Lawson

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