Mark Scott
Même avant que le iPhone 3G d’Apple n’apparaisse le 11 Juillet dans les magasins de la majeure partie de l’Europe, le très attendu téléphone avait déjà dû faire face à un certain nombre de problèmes. Le 7 Juillet dernier, une course effrénée des consommateurs britanniques cherchant à pré-commander le téléphone avec l’opérateur O2 a mis hors service le site Web de la société. « Nous n’avons jamais vu aucun appareil mobile créer un tel enthousiasme », explique Ronan Dunne, directeur en Angleterre d’O2.
Comme les consommateurs se préparent au lancement du iPhone, Apple et ses sociétés de télécommunications partenaires, comme Orange en France et T-Mobile en Allemagne, enregistrent les mêmes pics de demande. Cela marque un changement par rapport à la première génération iPhone, qui n’a eu qu’un modeste succès dans l’Ancien Monde. Quand il a été lancé en Novembre dernier, les Européens étaient moins enthousiastes que leurs homologues américains, principalement parce que le prix du iPhone était élevé et qu’il était relativement lent, la deuxième génération de technologie mobile, l’avait laissé à la traîne par rapport aux téléphones 3G comme ceux de Nokia et Sony Ericsson.
Maintenant, les améliorations de l’iPhone 3G, y compris le GPS et l’aide à une connexions plus rapide, pourrait attirer plus de consommateurs européens. En abaissant le prix du modèle de base à 8Go de mémoire à environ 199€, Apple a lancé le téléphone directement sur le marché grand public du continent, où les consommateurs sont habitués à des appareils fortement subventionnés.
L’APPEL DE LA MUSIQUE ET DE LA VIDÉO
Les applications multimédias du iPhone 3G, y compris l’accès à la musique et à la video du iTunes Store d’Apple pourrait aussi aider à stimuler les ventes. En effet, les Européens ont accepté les médias sur mobiles plus rapidement que leurs homologues américains. « Les améliorations du iPhone ont fait entrer Apple sur un terrain de jeu plus compétitif, à armes égales avec ses concurrents », explique Tony Cripps, analyste principal au sein de la société de conseil en télécommunications Ovum en Grande-Bretagne.
Pourtant, Apple ne va pas rafler tout le marché. Nokia et Sony Ericsson restent fortement ancrés en Europe, et même avec son prix réduit, le iPhone est encore sur la partie supérieure de l’échelle des prix. Selon les chercheurs britanniques de Strategy Analytics, le iPhone ne va gagner que 2% du marché des mobiles en Europe occidentale d’ici à la fin de 2008, en estimant ses ventes à près de 2 millions d’unités.
Cela constituerait une nette amélioration, explique Neil Mawston, directeur de département des technologies mondiales sans fil chez Strategy Analytics. Mais il chiffre seulement de 20 à 30% la part des consommateurs européens envisageant seulement d’acheter le iPhone 3G lors de leur prochain renouvellement de téléphone. « Le prix est beaucoup plus proche de celui du marché grand public, mais il est encore relativement cher », dit-il.
LES OFFRES D’ABONNEMENT
A quel point le iPhone 3G est-il onéreux en Europe? Considérez la grille de tarification proposée par T-Mobile en Allemagne. Comme la plupart des relayeurs, il vend le iPhone avec un abonnement annuel. Pour les consommateurs dépensant 45€ par mois, le modèle à 8Go coûtera environ 270€. Mais le client prêt à rajouter 140€ par mois pour un service de téléphonie mobile peut obtenir un iPhone 3G à un prix principal de 1,50€. En France, où le nouvel iPhone est lancé le 17 Juillet, Orange propose le modèle à 8 Go pour 145€ sur une base mensuelle d’abonnement qui varie de 77 à 235€.
Cela pourrait ne pas paraître trop ennuyeux pour le consommateur américain (qui va payer 199$ par mois pour un modèle à 8Go, plus les taxes de 40 et 80$), mais le prix pourrait encore limiter le lancement du iPhone en Europe, où les opérateurs téléphoniques offrent souvent des produits concurrents gratuitement, comme le Nokia N95. Et tandis que les consommateurs ont montré un vif intérêt pour le nouveau téléphone d’Apple, Carolina Milanesi, directeur de recherche à la société de conseil Gartner en Grande-Bretagne, estime que cela ne se traduira probablement pas par des ventes supplémentaires. « Le prix d’un bon nombre de ces abonnements est encore très élevé », explique-t-elle.
Les analystes mettent également en garde sur le fait que, malgré les grandes améliorations, les caractéristiques du iPhone ne seront pas à la hauteur pour certains consommateurs européens. Son appareil photo intégré, par exemple, ne dispose que de 2 mégapixels de résolution, alors que Sony Ericsson a lancé récemment un téléphone avec un appareil photo à 8,1 megapixels. De plus, le iPhone ne peut pas encore enregistrer de vidéos. Par ailleurs, ses rivaux sont en train d’égaler rapidement ses capacités mémoires. « L’appareil est un peu en retard sur certains aspects de la technologie », explique Gartner de Milanesi.
LA RÉPONSE AUX CRIS DES CONSOMMATEURS?
Rien de tout ça ne devrait importer aux consommateurs qui tombent amoureux de l’interface convivial et de l’écran tactile du iPhone. La facilité d’utilisation du téléphone, ainsi que ses applications de première qualité et la rapidité d’exécution d’Internet, sont une aubaine pour le Web sans fil. Selon M: Metrics, société de recherche sur le marché de la téléphonie mobile, 80% des propriétaires de iPhone en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne surfent régulièrement sur le Web à partir de leurs téléphones mobiles, contre 11% des utilisateurs d’autres téléphones ordinaires. Cela se traduit par des revenus plus élevés pour les opérateurs.
La combinaison d’un prix plus bas et d’une meilleure performance pourrait bien relancer la popularité du iPhone en Europe. Après tout, les consommateurs ont cruellement besoin d’un appareil qui combine les services traditionnels de voix avec le divertissement mobile multimédia du 21e siècle. Le iPhone 3G pourrait correspondre à ce qu’ils veulent, la question est de savoir s’ils sont prêts à payer pour cela.

