Catégorie | Economie

Les banques américaines refusent d’ouvrir le robinet du crédit malgré les aides gouvernmentales

Publié le 14 January 2009

En dépit des largesses fédérales qui s’élèvent à plus de 1trillion de dollars, il se pourrait bien que les coussins financiers des banques américaines ne leur permettent pas de courir le risque d’accorder de nouveaux prêts

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Au moment des fêtes, les cadres du groupe vestimentaire American Apparel (APP) auraient mieux fait de se concentrer sur les ventes des leggings et T-shirts commercialisés dans leurs magasins. Au lieu de quoi, la direction de la société a subi la période la plus critique en matière de vente, tandis que sa dette, dont l’échéance était fixée au 19 décembre, s’élevait à 125 millions de dollars. Après des semaines d’interminables réunions avec les principales banques américaines, le détaillant en vogue a décroché un prolongement d’un emprunt de dernière minute. En résulte cette succession onéreuse : un acompte de 2,3 millions de dollars ainsi qu’une limitation d’une dépense de ses capitaux. « Les marchés du crédit sont encore gelés, affirme Adrian Kowalewski, le Directeur financier du groupe. Même les sociétés dont les performances sont bonnes ne peuvent obtenir d’emprunts sans que des conditions de paiement raisonnables leurs soient imposées. »

Les défis financiers auxquels Kowalewski et autres dirigeants d’entreprises font face posent un dilemme important pour le prochain gouvernement Obama et les responsables politiques à Washington, qui tentent de relancer l’économie. Malgré les efforts considérables fournis par l’État au cours des derniers mois, les grandes banques n’accordent toujours pas de prêts gratuitement. Un des signes de cette crise du crédit : les nouveaux emprunts conférés aux grandes entreprises ont chuté de 37% au cours des trois mois conclus le 30 novembre par rapport aux trois mois précédents. « Les banques sont extrêmement prudentes », déclare Edward Wedbush, président de la maison de courtage Wedbush Morgan Securities, basée à Los Angeles.
Le profil bas adopté par le secteur bancaire suscite des critiques. Après tout, le Ministère des finances a injecté 187,5 milliards de dollars dans les banques américaines les plus importantes, notamment dans la Citigroup (C), la Bank of America (BAC) et la JPMorgan Chase (JPM). Selon les critiques, il faudrait contraindre les bénéficiaires de l’argent versé par les contribuables à rouvrir leurs caisses. « La mauvais nouvelle (c’est que) le Ministère des finances ne peut en aucun cas savoir dans quelles mesures les fonds versés par les contribuables servent à augmenter les prêts, a annoncé en décembre le député démocrate du Massachussetts Barney Frank, président du Comité des Services financiers de la Chambre des Représentants. Une nouvelle bien pire encore est que (le Ministère des finances) n’a même pas l’intention d’essayer de le savoir. »

Les dirigeants des banques défendent leurs opinions. Ils avancent que les fonds versés par l’État sont destinés à consolider les capitaux et à encourager les prêts, mais qu’ils ne sont en aucun cas obligés d’en accorder de nouveaux. « Il ne s’agit pas ici d’une relation engageant deux parties, se défend le PDG de la Bank of America (BofA) Kenneth D. Lewis. Ce n’est pas parce que l’État nous a avancé une somme de 15 milliards de dollars que l’on se doit d’accorder des prêts atteignant également 15 milliards de dollars. »
D’un point de vue financier, les banques sont peu incitées à accorder immédiatement de nouveaux prêts. Dans le malaise économique qui règne actuellement, de nouveaux prêts accordés aux entreprises résultent aussitôt en leur dévalorisation d’entre 60 et 80 cents par rapport au dollar, contraignant les banques à subir cette perte. Il est donc plus lucratif pour eux de faire des emprunts existants et déjà escomptés.

Parallèlement, certaines banques ne sont plus désireuses de réaliser un effet de levier en empruntant de l’argent afin d’amplifier leurs rendements. D’autres annoncent qu’elles souhaiteraient le faire mais n’arrivent pas facilement à trouver des personnes disposées à leurs accorder des prêts tout en offrant des conditions attrayantes. Pendant longtemps, l’emprunt à l’effet de levier a été un facteur primordial du prêt lucratif.
Peu importe que la position des institutions bancaires soit justifiable ou non. Dans chacun de ces deux cas, les entreprises peinent à obtenir des crédits. Et sans intervention supplémentaire, le climat qui règne autour des prêts pourrait demeurer nuageux pendant un bon moment, menaçant ainsi les perspectives et l’influence économiques des sociétés.

Prenons le cas de l’entreprise El Paso Corp (EP). Tandis que les prix des matières premières se sont écroulés, le plus grand opérateur américain d’oléoducs a réduit sa dépense de capitaux de 16%, ce qui signifie que sa production totale restera fixe cette année. Les dettes les plus importantes d’El Paso vont encore diminuer leurs bénéfices. Effrayée à l’idée que son financement par une banque suscite la colère des ennemis des prêts, la société énergétique a vendu 500 millions de dollars d’obligations camelotes en décembre à un taux d’intérêt de 15% (soit plus du double de ses coûts totaux d’emprunts). «Le prix à payer était cher, déclare le directeur financier D. Mark Leland. Nous n’étions pas certains (de savoir) quand les choses iraient mieux. »
Les banques ne semblent pas le savoir non plus. De plus, elles amassent des capitaux par simple peur. Certaines lois fédérales prévoient que les banques sont contraintes de maintenir le capital basé sur leurs actifs à un certain niveau. Lorsqu’elles subissent des pertes, elles doivent soit augmenter leurs capitaux, soit vendre des actifs afin de respecter les taux requis. Après avoir collecté de l’argent provenant d’une autre source que les investisseurs et après avoir été renflouées par l’État au cours des derniers mois, la plupart des grandes banques sont conformes aux normes fédérales sur les capitaux.

Néanmoins, ces calculs ne tiennent pas en compte tous les actifs problématiques figurant sur les bilans des banques. Par exemple, ils n’incluent pas les titres dont les pertes semblent être temporaires. Dans de telles conditions, ces pertes peuvent rapidement devenir durables, indique Stuart Plesser, analyste financier chez Standard & Poor’s (MHP).
Simultanément, les grandes banques font face à une autre vague de pertes, dont les seules conséquences seraient de ronger leurs capitaux. Les entreprises ont déjà subi des coups violents du fait des crédits hypothécaires ‘subprime’ et des autres dettes à risque. Mais d’autres problèmes encore menacent l’économie, cette fois-ci concernant les cartes de crédit, les agences spécialisées dans l’immobilier commercial, ainsi que les emprunts hypothécaires classiques. Dans une entrevue accordée à Maria Batiromo, le professeur d’économie Nouriel Roubini de l’école de gestion Stern à l’Université de New York a déclaré que les pertes de crédit atteindront 2 trillions de dollars, augmentant ainsi d’environ 1 trillion de dollars par rapport à aujourd’hui.
Même si les banques raflent à l’État les 350 milliards de dollars restants de son programme de sauvetage des actifs à risque (Troubled Assets Relief Program), les capitaux resteront toujours une goutte d’eau dans la mer par rapport aux pertes totales du secteur bancaire. Basés sur ce constat, Roubini et d’autres économistes supposent que la création d’un nouveau plan de renflouage par l’État n’est qu’une question de temps. « Les banques n’ont pas assez d’argent pour courir le risque de faire des prêts, avance Anil Kashyap, professeur à l’école de gestion Booth de l’Université de Chicago. Il nous faudra un second, puis un troisième programme de sauvetage de ces actifs à risque. »

Une unique façon d’encourager aux prêts
L’ancien Ministre du travail américain Robert Reich indique qu’il y a aussi une faible demande d’emprunts. Les sociétés ne souhaitent pas emprunter de l’argent par peur d’être incapables de vendre leurs biens ou services étant donné l’environnement économique faible actuel. Afin de stimuler cette demande, Reich suggère la mise en place d’un plan de relance fiscale atteignant 900 milliards de dollars au cours des deux prochaines années. En l’absence d’un tel soutien, les pertes d’emplois pourraient grimper en flèche…et il ne sera plus possible de redresser l’économie avant un bon moment.

Par Mara Der Hovanesian et Christopher Palmeri traduction N. BOUGEANT

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