Catégorie | Management

Les perspectives d’emploi s’assombrissent pour les titulaires d’un MBA

Publié le 05 February 2009

Une nouvelle étude révèle que moins d’entreprises embaucheront de jeunes diplômés d’un MBA cette année, et que les salaires dans des domaines tels que la technologie, la finance et l’industrie vont stagner, voire diminuer.

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Par Anne VanderMey traduction N. Bougeant
De façon tout à fait objective, l’été 2008 a été pour les étudiants fraîchement diplômés d’un MBA une période peu propice pour s’aventurer sur le marché de l’emploi. La Réserve fédérale américaine (ou fed) a entaillé ses taux d’intérêt, les PDG se sont montrés réticents à embaucher, et les gens ont commencé à parler de « récession ». Malheureusement, pour les classes d’étudiants ayant été diplômés d’un MBA en 2009, ces constats formaient seulement la partie visible de l’iceberg.
Cette année, les étudiants vont se lancer sur un marché de l’emploi dans lequel le taux de chômage n’a jamais été aussi élevé depuis 16 ans, où des emplois convoités dans les secteurs bancaire et de la finance se sont envolés après que le déclin économique a laissé place à une crise financière de grande ampleur, et où la vue d’ensemble de l’emploi se montre bien plus sombre pour les diplômés de MBA qu’il y a encore quelques mois. Tandis que de nombreuses entreprises envisagent toujours d’en recruter, une nouvelle étude révèle que beaucoup d’autres
ont des projets d’embauche qui s’éloignent de la certitude, et pour la première fois depuis la faillite des sociétés Internet, il se peut que, dans l’ensemble, les salaires des jeunes diplômés stagnent, voire diminuent dans certains domaines.
Selon Brian Hall, qui sera diplômé d’un MBA à l’École de gestion Ross de l’Université du Michigan au printemps prochain, la tendance adoptée par la situation économique actuelle est celle de « l’optimisme prudent ». L’été dernier, cet étudiant de 27 ans qui a fait un double cursus de musique et de gestion a effectué un stage chez Steinway & Sons (LVB), et bien que le légendaire fabricant de pianos lui ait au départ parlé de la création d’un nouveau poste pour lui une fois qu’il serait diplômé, l’entreprise n’a finalement pas tenu parole. Pour l’instant, Hall a quelques opportunités de recrutement par d’éventuels employeurs, mais la plupart des entreprises qu’il contacte ne souhaitent pas s’engager jusqu’à ce que leur situation financière se stabilise. L’un des problèmes tient dans le fait que l’économie semble fluctuer quasiment d’un jour à l’autre. « Demain, un communiqué des salaires sera diffusé, et croyez moi : je regarderai l’émission par webcast. », a confié Hall.
Si les nouvelles sont bonnes ? « Je serai au téléphone avec le recruteur. »
Même si beaucoup de titulaires d’un MBA n’ont plus le choix en matière d’offres d’emploi, ils sont toujours indispensables sur le marché du travail. Selon une enquête menée par le Graduate Management Admission Council (en français, le Conseil d’Admission des Diplômés en Gestion), 59% des employeurs ont déclaré qu’ils embaucheraient ou embaucheraient probablement au moins quelques nouveaux diplômés de MBA en 2009. Cependant, un employeur sur quatre a affirmé qu’il n’en embaucherait pas, ni n’envisagerait de le faire cette année. Ce constat tranche nettement avec celui de l’année 2008, lorsque seulement 17% des employeurs ont révélé qu’ils ne prévoyaient pas d’embaucher de titulaires d’un MBA.

UNE STAGNATION DES SALAIRES
Selon les prévisions de l’étude, il est probable que le salaire de départ moyen des étudiants récemment diplômés d’un MBA reste équivalent à celui de 2008 ou lui soit inférieur : une entorse aux augmentations de salaires annuelles accordées d’habitude que les titulaires de MBA ont dû anticiper. En tout, la moitié des employeurs a annoncé que les salaires des diplômés de gestion seraient stables, tandis que 35% d’entre eux ont prévu d’accorder des salaires plus élevés et 15% ont déclaré que ces salaires diminueraient ou bien ne se sont pas exprimés. Dans des secteurs tels que la technologie de pointe, la finance et la comptabilité ou encore la fabrication, plus de la moitié des entreprises n’envisagent aucune modification des salaires, tandis que dans les domaines de l’énergie, de la santé, et les secteurs à but non lucratif et gouvernementaux, plus de la moitié des sociétés a prévu une hausse des salaires pour les titulaires d’un MBA en 2009.

Selon Steve Gross, un analyste de la compensation pour le cabinet d’étude Mercer Consulting, la stagnation des salaires résulte probablement du « dérèglement » du marché de l’offre et de la demande par la réduction d’effectifs. Le taux de rétention chez les employeurs n’a jamais été aussi élevé depuis des années, et Gross indique que les entreprises envisagent de se soucier de leurs affaires avant de commencer à recruter de « nouvelles bouches à nourrir. » Bien que 2010 sera probablement une année plus favorable pour les étudiants préparant un MBA, il est difficile de l’affirmer tant que la situation économique ne sera pas stable. « Il n’y a rien à l’horizon pour l’instant », ajoute-il.
Néanmoins, le gel des salaires que l’on prévoit cette année pourrait s’avérer être une amélioration par rapport à celui qui a résulté de la récession en 2001, lorsque l’indemnisation des titulaires de MBA a chuté, puis s’est stabilisée pendant plusieurs années, indique Jackie Wilbur, directrice du service de l’évolution des carrières à l’Institut de Technologie du Massachusetts (en anglais : MIT - Massachussetts Institute of Technology). Aux dires de Wilbur, le déclin de cette année, en termes d’embauche et de recrutement des diplômés du MIT, et en ce qui concerne les salaires qui leur sont accordés, est « littéralement deux fois moins sérieux ». Elle estime que dans approximativement la moitié des classes préparant les étudiants à un diplôme pour 2009, des emplois attendent déjà les étudiants après que ceux-ci seront diplômés, soit environ la même proportion qu’en 2008. Mais Regina Resnick, doyenne adjointe et directrice du département des carrières des titulaires de MBA à l’École de gestion de Columbia, constate que beaucoup de bonnes comme de mauvaises choses peuvent arriver dans les mois à venir. « Il est encore trop tôt pour faire des estimations, annonce-elle. Si j’ai retenu une leçon, c’est que la tendance peut s’inverser, dans un sens comme dans l’autre. »

UN CHANGEMENT DES REGLES DU JEU
Pour certains recruteurs, le déclin économique pourrait avoir un côté positif. Les sociétés qui n’ont pas été autant affectées par la récession que d’autres disposent d’un groupe de diplômés qui ne sont pas aussi sensibles qu’autrefois à l’emplacement de l’entreprise ou à la gratification par bonus. En outre, les sociétés qui ne peuvent empêcher l’assèchement des talents verront, à long terme, des avantages se présenter à eux, annonce Steve Canale, responsable du service de recrutement pour le groupe General Electric (GE). Bien que l’on prévoie pour cette année une baisse du nombre de recrutements chez GE, l’entreprise continuera à embaucher de nouveaux titulaires d’un MBA, a-t-il déclaré. Ce qui a changé, c’est le fait qu’un nombre plus important de titulaires d’un MBA embauchés par GE sera issu de la classe d’internes agrandie du groupe : en effet, ils assimilent leurs connaissances plus vite et ont une plus grande mémoire. On retrouve le même scénario chez Deutsche Bank (DB). D’après Kristina Peters, responsable régionale du service de la banque relatif au recrutement de diplômés, le nombre d’embauches diminue « légèrement », et la plupart des emplois à temps plein sont accordés à d’anciens internes.
Cela implique qu’un nombre encore plus considérable d’étudiants dont les stages n’ont mené à aucun contrat d’embauche à temps plein subit des pressions…et ils sont nombreux. Sur les campus, les directeurs des services afférant aux carrières s’aperçoivent qu’il existe moins d’entreprises faisant l’effort d’accorder des contrats d’embauches à temps plein sur les campus même, tandis que plus d’entreprises ont recours aux sites de recrutement en ligne ou à d’autres méthodes. À l’École de gestion Anderson de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA - University of California Los Angeles), le recrutement des étudiants faisant partie du campus a chuté d’environ 24% par rapport à l’an dernier, relate Eric Mokover, doyen associé du département de l’école consacré aux initiatives en matière d’emploi. Parallèlement, l’affectation à des postes à temps plein (une méthode de recrutement qui ne nécessite pas de voyage) a augmenté de près de 13%. Par ailleurs, l’école s’est dotée d’un système de vidéo conférence d’une valeur de 12 000 $, facilitant ainsi la tâche aux recruteurs qui souhaitent entrer virtuellement en contact avec d’éventuelles personnes à embaucher, ce à un prix relativement bas.
Jusqu’ici, Mokover a estimé qu’approximativement un tiers de la classe d’étudiants préparant un MBA pour 2009 à l’UCLA a une opportunité d’emploi après la remise des diplômes. Ce taux est considérablement plus bas que celui constaté en janvier 2008, un thème récurrent dans les écoles de gestion cette année. On peut espérer que les entreprises commenceront à fournir des postes une fois que la situation économique se sera améliorée, et que le nombre d’offres se stabilisera, mais les étudiants auraient tord de compter là-dessus. Mokover nous avertit du risque de « paralysie » que la récession peut entraîner, en soulignant que les étudiants ne peuvent pas se contenter de tourner les pouces en attendant que les choses s’améliorent.
« Ne vous attendez pas à ce que quelqu’un d’autre le fasse à votre place, conseille-t-il. Vous devez avoir recours à toutes les ressources possibles : sollicitez votre école, l’université où vous avez été diplômé(e), vos contacts familiaux, votre ancien employeur, vos amis, vos amoureux/ses, vos animaux…toutes vos relations. Quel qu’en soit le prix à payer.

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