Catégorie | Politique

L’Europe écrit au président Obama

Publié le 05 November 2008

Dans un geste sans précédent, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne vont envoyer une note de service de six pages au vainqueur des élections américaines, visant à demander une coopération.

Au milieu de toutes les notes de félicitations que le gagnant de l’élection présidentielle américaine peut s’attendre à recevoir dans les jours à venir, il va y avoir au moins une lettre, portant une adresse de retour européenne, avec le cachet officiel.
Lors d’une réunion lundi dernier à Marseille, les ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne se sont réunis pour apporte la dernière touche à un mémorandum de six pages qui guidera leurs relations avec la prochaine administration américaine. C’est la première fois que l’UE a élaboré une feuille de route pour les relations avec les États-Unis. Cela se distingue également comme l’un des rares cas où l’Europe a été capable de parler d’une seule voix sur un vaste ordre du jour de politique étrangère. La politique étrangère est encore une prérogative des États membres de l’Union européenne, une politique européenne commune en matière de politique étrangère ne peut être réalisée que par consensus unanime.

Le plan met l’accent sur quatre priorités:
une meilleure coopération entre civils et militaires aux efforts de reconstruction en Afghanistan,
l’intensification de la diplomatie avec la Russie,
l’intensification des négociations entre Israël et la Palestine avec l’Europe en tant que co-garants d’une éventuelle paix, et l’accent mis sur le multilatéralisme dans la gouvernance mondiale, les réformes de l’ONU et le FMI, et une expansion du G-8.
Bien que l’Europe n’ait approuvé aucun candidat, ses priorités telles qu’elles sont exprimées dans le plan semblent indiquer une frustration à l’égard de la politique étrangère suivie par l’administration Bush. Malgré les efforts de conciliation au cours des dernières années, l’ère Bush est considérée par beaucoup d’Européens comme marquée par l’unilatéralisme, le militarisme et l’augmentation de l’antagonisme avec les pays comme la Russie.

La feuille de route UE-USA est l’aboutissement des efforts déployés par les Français, en tant que titulaires de la présidence tournante de l’UE, en vue d’élaborer une politique étrangère européenne plus unifiée et plus active. La nouvelle politique ainsi rédigée vis-à-vis des États-Unis fait suite à une série d’initiatives conduite par le Président Nicolas Sarkozy au cours des derniers mois, en réponse au conflit entre la Russie et la Géorgie et à la crise financière mondiale.

En effet, le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner a pris le temps lundi dernier de réfuter la célèbre boutade faite par l’ancien Secrétaire d’état américain Henry Kissinger selon laquelle il ne savait pas quel numéro appeler s’il voulait parler à l’Europe. « L’Europe a un numéro de téléphone. », a répliqué Kouchner. « C’est le numéro du pays qui préside l’Union européenne à un moment donné. Aujourd’hui, c’est la France, dans deux mois, ce sera la République tchèque. »

Mais, il persiste encore des désaccords au sein de l’UE en matière de politique étrangère. La décision de la France d’annoncer que le renouvellement des négociations pour un partenariat UE-Russie aura lieu le 14 Novembre prochain a provoqué la consternation parmi certains États membres de l’UE. Les dirigeants de la Pologne et de la Lituanie ont déposé une lettre commune de protestation lundi dernier. « Nous réaffirmons que dans le cadre de la poursuite de l’occupation du territoire géorgien, il serait trop tôt pour reprendre les pourparlers sur un nouvel accord de partenariat avec la Russie. », déclarent le Président polonais Lech Kaczynski et le Président lituanien Valdas Adamkus.

Bien sûr, la plus notoire et récente mésentente en termes de politique étrangère commune de l’UE était en 2003, lorsque la «Nouvelle Europe» avait offert son soutien pour la guerre en Irak, alors que la «Vieille Europe» avait refusé. Avec sa note présidentielle, l’UE espère encourager des contacts plus étroits avec l’Amérique, tout en anticipant les efforts des Etats-Unis au cours des quatre prochaines années à révéler les tensions existantes entre ses États membres.

Spiegel traduction L. Traoré

 

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