Marchés actions : Nouvelle saison, mêmes inquiétudes. Vos vacances d’été sont terminées. Voici ce à quoi s’attendre pour les marchés dans les très importants mois d’automne.
Cette semaine, le climat est très différent sur Wall Street, et ce n’est pas seulement dû au changement de saison.
Les actions se sont énormément négociées tout l’été, à la hausse ou à la baisse selon les fluctuations du marché pétrolier et l’actualité dans le secteur financier. Comme d’habitude, avec de nombreux investisseurs et traders en vacances, le volume des transactions a été léger. Les principaux indices se négocient plus ou moins à leur niveau de début d’été de fin de mois de juin dernier.
Toutefois, après la fête du travail américaine (1er septembre dernier), les investisseurs redeviennent sérieux et le marasme financier dans lequel étaient les marchés en été prend officiellement fin. Les traders rebondissent sur le marché, les gestionnaires de portefeuille font leurs paris pour le reste de l’année. « L’intérêt des investisseurs et des traders s’accroît », explique Brian Gendreau, stratège en investissement chez ING Investment Management. Sur Wall Street, « le pouls s’accélère et les gens commencent à réexaminer leurs hypothèses d’investissement ».
Plusieurs investisseurs professionnels ont été interrogés sur les tendances que pourraient avoir les marchés boursiers cet automne. Voici cinq indicateurs que les investisseurs sur marchés actions devraient regarder dans les prochaines semaines.
1. LES PRIX DU PÉTROLE
Alors que le prix du pétrole avait atteint un niveau record au début de l’été, les actions subissaient bravement. Les prix élevés de l’énergie portent un coup aux dépenses de consommation et réduit les marges bénéficiaires des entreprises. Depuis juillet dernier, les cours du pétrole ont baissé, et les actions ont fait un peu mieux. Le pétrole se négocie actuellement à près de 22% moins cher que son pic historique de 147,27$ atteint le 11 Juillet dernier.
« La tendance à la hausse [du pétrole brut] semble s’être inversée depuis ce moment-là. », affirme John Wilson, responsable en stratégie technique chez Morgan Keegan. La menace des ouragans et des tempêtes tropicales pourraient pousser les prix du pétrole vers le haut, mais Wilson estime que toute flambée de prix sera temporaire.
La saison des ouragans, toutefois, dure officiellement jusqu’à la fin novembre. Les investisseurs sur actions sont bien conscients qu’une importante tempête pourrait perturber l’approvisionnement en pétrole et faire monter en flèche une fois de plus les prix du pétrole et ceux de la pompe à essence. « Nous retenons notre souffle », avoue Richard Sparks de chez Schaeffer’s Investment Research.
2. LES MARCHÉS DU CRÉDIT
« Les périodes de Janvier et Septembre sont les plus décisives de l’année pour les marchés du crédit. », explique Brian Reynolds, responsable en stratégie des marchés à WJB Capital Group. Juste après les vacances respectives de décembre et d’août, ces deux mois sont des moments où un grand nombre de nouvelles obligations corporates sont émises.
Perturbées par la crise financière, les émissions obligataires des entreprises privées ont été une « catastrophe » en janvier dernier, dit Reynolds, notant qu’il s’agissait d’un aperçu en début 2008 des mois difficiles pour le marché boursier.
Huit mois plus tard, les investisseurs sur les marchés du crédit seront-ils prêts à acheter de nouvelles obligations? « Nous pourrions avoir un rebond des cours des actions [cet automne], mais si les gens achètent des obligations corporates tout sursaut ne sera que cela - un rebond temporaire. », ajoute Reynolds.
Les professionnels du marché du crédit ont été encore plus pessimistes que les investisseurs cet été. Maintenant que l’été est terminé, les investisseurs pourraient décider que les obligations sont à des niveaux raisonnables, ou ils pourraient décider que l’environnement est encore trop risqué pour être un gros acheteur d’obligations.
3. LE SECTEUR FINANCIER ET IMMOBILIER
Les très bouleversés produits financiers d’emprunt immobilier Fannie Mae et Freddie Mac ont fait les gros titres tout l’été, et les investisseurs continuent de s’inquiéter de la menace d’un plus grand nombre faillite bancaire. Attendez-vous à ce que cette focalisation sur le secteur financier continue cet automne.
Les problèmes financiers pèsent clairement sur le marché boursier. « Il est difficilement concevable que les cours des actions connaissent une hausse soutenue sans faire baisser les parts des autres valeurs financières. », explique Gendreau de chez ING. « Toutefois, il est difficilement concevable que les valeurs financières remontent sans un signe que le marché du logement est en cours de stabilisation. Les prix des maisons ont un impact direct sur la valeur des obligations adossées, qui ont causées d’énormes pertes financières pour les entreprises au cours de cette année. », ajoute-t-il.
Le 26 août dernier, l’indicateur 20-City Composite du S&P/Case-Shiller, indice de prix pour les 20 principales zones, a fait ressortir 15,9% de baisse par rapport à l’année précédente. Néanmoins, le rythme de la baisse a ralenti par rapport au mois précédent. « Nous commençons à obtenir un tableau mitigé, ce qui me fait penser que le marché du logement pourrait toucher le fond. », dit-Gendreau.
Les prochaines données sur le logement confirmeront ou infirmeront si la douleur du marché commence à s’estomper.
4. LES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES
Les professionnels de Wall Street aiment à dire que le marché boursier se projette dans l’avenir, en essayant d’anticiper les bénéfices des entreprises et les conditions économiques dans les six prochains mois.
La fin de l’été donne aux investisseurs une bonne excuse pour faire sortir leurs boules de cristal et essayer de prédire ce que l’année prochaine réserve. En septembre, « vous démarrez de plus en plus centré sur l’année civile suivante. », explique Georges Yared de chez Yared Investment Research. Il estime que la reprise du marché boursier pourrait se faire dans l’expectative de gros profits pour les entreprises l’année prochaine.
Un facteur très important pour l’environnement de l’année à venir sera le compte-rendu sur le marché de l’emploi en août, prévu le 5 septembre prochain. Les économistes prévoient une stabilité du taux de chômage à 5,7%, après une hausse au cours des derniers mois.
« Si le taux de chômage continue d’augmenter rapidement, le dur marché du travail pourrait avoir un impact important sur les dépenses de consommation aux États-Unis. », déclare Peter Cardillo, responsable de l’économie de marché à Avalon Partners. Si le marché du travail n’empire pas, les marchés actions pourraient interpréter le compte-rendu comme un signe prouvant que l’économie est prête pour une reprise en début 2009. C’est le meilleur scénario. « L’économie boite le long de sa route jusqu’à ce que nous obtenions une reprise. », ajoute Cardillo.
5. LA VOLATILITÉ
Bien que la volatilité du marché boursier ait été élevée depuis le début de la crise du crédit à la mi-2007, l’été 2008 a été particulièrement sauvage. Les principaux indices ont fluctué fortement vers le haut ou vers le bas au moindre élément d’information, avec d’importantes hausses à peine au lendemain de fortes baisses, et vice versa.
Il n’y a aucune raison de penser que cette volatilité s’arrêtera seulement parce que l’été est terminé, disent les observateurs du marché. Sparks, de chez Schaeffer’s, constate « beaucoup d’appréhension à l’égard de ce que seront les prochaines tendances du marché, les mauvaises nouvelles se succédant… ». Parmi les sujets inquiétant quotidiennement les marchés, on retrouve le prix du pétrole, les conditions de crédit, et même l’élection américaine.
Pour Yared, les hedge funds accentuent la volatilité. De nombreux hedge funds n’ont pas eu une bonne année, « ils vont à la chasse aux performances », sautant sur chaque nouvelle rumeur pour spéculer sur la hausse ou la baisse des actions, dit-il.
Certains investisseurs observent l’élection de 2008 de près, pariant que les résultats auront un grand impact sur des secteurs comme la santé, l’énergie, et la défense. D’autres investisseurs, dont James King, président et responsable des placements de National Penn Investors Trust Co., soutient que l’élection aura peu d’impact à long terme. Mais King reconnaît que l’élection a un effet sur le sentiment général animant le marché. Ce sentiment « contribue à la volatilité que nous voyons sur le marché », dit-il.
Pour les investisseurs, le défi est de regarder les variations de la volatilité du marché boursier, au jour le jour, et même d’un mois à l’autre, et de décider des tendances des cours des actions à beaucoup plus long terme.
Ben Steverman traduction L. Traoré



September 23rd, 2008 at 10:04 pm
Bel article. Mais en réalité, je crois que personne ne sait quelles seront les tendances même à court ou moyen terme. Prenons l’exemple du CAC40 ces derniers jours : -2 et -1 mercredi et jeudi dernier, +9% vendredi dernier on ne sait pas comment pour redescendre ensuite d’environ -4% cumulés sur hier et avant-hier. La volatilité, en effet, elle est loin de s’arreter avec la fin de l’été, bien au contraire. Nouvelle saison ? Pas sûr, pour l’instant nous sommes toujours en pleine récession…
…avec les mêmes inquiétudes.
September 29th, 2008 at 10:22 pm
hmmm je dirai même que les inquiétudes sont grandissantes…
October 3rd, 2008 at 9:31 pm
Interessant la synthese autour des 5 facteurs indiquant les tendances des marchés. Malheureusement actuellement, les quatre 1ers indicateurs sont au plus bas et la volatilité n’a jamais été aussi imprévisible. Ou va-t-on ?