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Obama et le paralangage : ses paroles mises à part…

Publié le 26 January 2009

Lorsqu’il a prononcé son discours d’investiture, Obama s’est avéré être un expert dans le contact visuel afin d’enthousiasmer des millions de personnes et a beaucoup joué sur son intonation pour les convaincre.

<br /> Par William A. Gentry, Traduction N. BOUGEANT
Le discours d’investiture que Barack Obama a prononcé aujourd’hui a été sa première opportunité de donner le ton et de faire partager la manière dont il allait diriger son tout nouveau gouvernement. En s’adressant à ses compatriotes américains pour la première fois en tant que président (sur fond d’une sévère récession marquée par des licenciements massifs et de nombreuses saisies, ainsi que par bien d’autres problèmes) il était primordial qu’Obama suscite de l’espoir et véhicule une image de confiance.
Les termes qu’il a employés étaient essentiels à son discours. Cependant, ses comportements non verbaux, ou paralangage, étaient tout aussi importants, voir plus, afin de faire passer son message. La recherche révèle que le paralangage ne transmet pas moins de 93% de la signification émotionnelle qui se cache derrière les paroles. Une foule réagira fortement à ce qu’elle voit, ou à l’intonation de la personne qui prononce les mots qu’elle entend. Tout, depuis les vêtements de l’orateur jusqu’à l’espace qui le sépare de son public, en passant par les gestes qu’il fait avec ses mains, son maintien, l’expression de son visage et son intonation, peut faire passer le message d’un dirigeant comme il l’avait souhaité ou au contraire aller à son encontre. Tandis qu’Obama occupait la scène centrale, voici ce que, en regardant son discours d’investiture à la télévision, j’ai observé, en tant que chercheur et commentateur dans les domaines du sens du commandement et du paralangage.
En général, les dirigeants adopteront des actions et comportements non verbaux différents selon qu’ils s’adressent à une foule ou qu’ils font face à une seule personne en parlant. Par exemple, Obama a utilisé un contact visuel approprié avec les personnes assistant aux débats l’opposant à John McCain à l’automne dernier. Pendant le début de son discours d’aujourd’hui, cependant, il a attiré l’attention d’un vaste public en parlant aux personnes situées aux deux extrêmes, gauche et droite, des foules, ne concentrant ainsi pas son regard sur des endroits plus précis ou sur des personnes en particulier. On avait l’impression qu’il attachait plus d’importance à établir une étroite connexion avec les plusieurs millions de personnes qui l’écoutaient et l’observaient devant le Capitole de Washington qu’avec les téléspectateurs.

PEU DE GESTES AVEC SES MAINS
Bien qu’il soit en effet difficile d’enthousiasmer des millions de personnes dont l’ensemble occupe beaucoup d’espace, et malgré la tentation, sans doute très forte pour le président, de s’adresser aux plusieurs millions de personnes rivées sur leurs écrans de télévision, Obama a réussi à retenir l’attention du public qui lui faisait face. Il a utilisé intelligemment son contact visuel, étendant son regard sur la foule entière au lieu de regarder uniquement à un endroit précis, ou de s’adresser essentiellement aux personnes placées le plus près de lui ; en adoptant cette attitude, il a semblé avoir pleinement conscience de l’énormité de la foule qui écoutait attentivement ses mots et sa vision des choses.
Par ailleurs, j’ai fait attention aux gestes qu’Obama faisait avec ses mains. La recherche en paralangage a démontré qu’un orateur fera plus de gestes de la main que de sourires afin de s’adresser à une vaste foule parce qu’ils sont plus visibles. D’habitude, les dirigeants font des gestes avec leurs mains afin d’exprimer le pouvoir et la domination. Pour mettre en valeur certains sujets ou mots clés, Obama en a rarement fait, plaçant la plupart du temps ses mains dans l’alignement de son corps.
Au lieu de miser sur les gestes qu’il faisait avec ses mains, Obama a choisi son intonation comme comportement non verbal le plus significatif et efficace. Il a fréquemment changé d’intonation afin d’y faire correspondre son message. Le serment d’entrée en fonction qu’il a prêté n’a pas été le moment le plus fort de son discours. En effet, Obama a commencé sa déclaration trop tôt, et il y a eu quelques moments de confusion embarrassants lorsqu’il s’est adressé au Président de la Cour Suprême, John Roberts, pendant le reste du serment. Néanmoins, le ton confiant pris par Obama lors de son discours d’investiture l’a aidé à reprendre une impression de maîtrise et à donner une grande signification aux termes qu’il a employés.

UNE INTONATION ÉNERGIQUE
De plus, il a réussi à véhiculer de manière opportune une certaine gravité, par exemple lorsqu’il a mentionné toutes les difficultés et crises auxquelles la nation fait face actuellement, depuis la faiblesse de l’économie jusqu’aux défaillances de certaines écoles, en passant par le coût élevé des soins médicaux et le manque de détermination des lignes politiques. En outre, il a parlé plus fort et a semblé plus confiant et ferme lorsqu’il a déclaré qu’il s’attaquera à ces difficultés et défis. Inversement, il a adopté un ton plus serein et engageant au moment où il a promis de travailler en étroite collaboration avec les pays du monde entier.
J’ai aussi été frappé par les expressions que prenait le visage d’Obama, ou plutôt par la rareté de celles-ci. Il n’a pas souri de manière excessive pendant son discours d’investiture, ce qui nous a rappelé de façon adéquate et respectueuse la difficulté des moments que nous vivons actuellement. Il a véhiculé un solide optimisme et une perception convaincante d’un avenir meilleur, et ce plus grâce à son intonation que grâce à tout autre comportement non verbal. Comme à son habitude, il a prononcé ses mots avec éloquence. Plus particulièrement, son intonation a réussi à faire passer son message tant aux personnes qui étaient sur place à Washington qu’à des gens qui, comme moi, regardaient le discours à la télévision ou via internet aux quatre coins du monde.
Le discours d’investiture d’Obama était à la fois honnête, motivationnel et inspirationnel, trois qualités nécessaires au discours d’un dirigeant dont le pays traverse une période aussi difficile que celle vécue par les américains actuellement. J’ai eu l’impression que le ton qu’a pris son premier discours en tant que Président s’adressant aux citoyens américains était à la fois sérieux et optimiste, convenant ainsi aux défis qui nous attendent. Au moment de s’adresser pour la première fois à ses partisans, et plus particulièrement lorsque les personnes à qui il parle sont surtout préoccupées par de mauvaises nouvelles et leur désarroi, un dirigeant doit montrer de la sincérité, de la sagacité, des qualités inspirationnelles et du charisme.
Au moyen de son paralangage, Obama a démontré aux personnes qui écoutaient ou regardaient son discours qu’il était conscient de la gravité des crises et défis à venir, de l’importance de communiquer aussi bien avec nos alliés qu’avec nos ennemis, et il a révélé une certaine confiance vis-à-vis de sa capacité à diriger, sans pour autant être arrogant.

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