Après cinq années de forte croissance pour les marchés fondamentaux, ils se sont progressivement détériorés. Les bénéfices ont alors été engrangés sur les marchés émergents dont certaines régions continuent d’être plus performantes que d’autres.
Un article de Alec Young de Standard & Poor’s Equity Research traduis par L.T
Alors que l’envolée économique des marchés émergents se poursuit, nous pensons que la baisse de croissance aux États-Unis, en Europe, au Royaume-Uni, au Canada, au Japon, et dans les autres pays développés donne lieu à des inquiétudes : le ralentissement de la demande d’exportations risque d’impacter la croissance des bénéfices des multinationales des marchés émergents.
En outre, les problèmes sur les marchés de crédit ont accru l’aversion au risque des investisseurs à travers le monde. Ce qui les a poussé en général à couvrir leur exposition sur les catégories d’actifs les plus volatiles.
La forte demande et la flambée des prix des matières premières sont à l’origine d’une forte augmentation des taux d’inflation sur les marchés émergents. Selon Global Insight, un cabinet indépendant de prévision, l’indice total des prix à la consommation des marchés émergents est passé à 9,7% en Mai alors qu’il était seulement de 5,1% un an plus tôt. Avec des revenus moyens par habitant d’environ 3000$ par an, les dépenses en alimentation et en énergie constituent une part beaucoup plus importante des dépenses à la consommation que dans les pays développés. Nous pensons que cela amplifie l’impact des prix records des matières premières sur les tendances de l’inflation totale.
En conséquence, les quatre banques centrales du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sont en train de relever leurs réserves obligatoires et leurs taux d’intérêts court terme de sorte à atténuer la pression sur les prix fixés. À notre avis, cela pourrait impacter la stabilité des monnaies des pays émergents, et en plus d’ébranler leur capacité à la concurrence mondiale, cela pourrait aussi conduire à un ralentissement de la croissance économique et des profits.
Nous pensons que le fait d’élever le spread de taux entre les obligations des marchés émergents et celles du Trésor américain confirme ces craintes, reflétant la préoccupation croissante quant à la durabilité de leur PIB brut record et de la croissance des bénéfices de leurs entreprises.
À ce titre, nous ne attendons pas à une autre année de forte performance pour les actifs des marchés émergents. Nous avons réduit nos objectifs de fin d’année par rapport à l’indice MSCI EM. Fixé maintenant à 1175, équivalant à une baisse de 5,2% sur l’année civile, notre objectif initial était de 1275, correspondant à un gain de 2,4% pour 2008.
Toutefois, dans une perspective plus long terme, les ventes récentes ont permis, à notre avis, d’améliorer le rapport risque/rendement des actions des marchés émergents. Reflétant un consensus des prévisions de 15% d’augmentation des bénéfices en 2008 et un PER1 de 11,5, cette catégorie d’actifs a été récemment négociée au taux PEG2 2008 estimé à 0,77%. En plus, en dépit de nos prévisions court terme neutres, nous pensons que les investisseurs axés sur le long terme doivent maintenir leur positions sur ces actifs. En effet, l’infrastructure et la croissance séculaire dictée par la consommation restent intactes dans les pays en développement.
Les allocations mondiales d’actifs du tracker S&P consacrent aux actifs des marchés émergents respectivement 3 et 6% pour les investisseurs modérés et ceux axés sur la croissance.
LES PAYS ÉMERGENTS D’ASIE
Nous croyons que les perspectives économiques internes de la région restent solides grâce à la hausse du revenu par habitant, à l’augmentation de la consommation, et aux importants investissements dans les infrastructures. Mais après plusieurs années de forte performance, les actions des pays émergents d’Asie ont pris du retard par rapport à la plupart de celles des autres marchés internationaux cette année, et nous prévoyons que cette tendance va se poursuivre tout au long de 2008.
De notre point de vue selon lequel la dynamique économique intérieure resterait intacte, nous croyons que la plupart des défis sont extérieurs. Une des appréhensions est que le ralentissement de la croissance des principaux marchés d’exportation comme les États-Unis, l’Europe et le Japon va affecter les recettes et les gains des multinationales de l’Asie émergente. En effet, les économies de la région continuent d’être largement tournées vers l’exportation. Même si l’actuel taux de croissance des résultats 2008 reste dans la gamme inférieure des taux à deux chiffres, il a baissé considérablement depuis Janvier.
LES PAYS ÉMERGENTS D’EUROPE
La performance de cette catégorie d’actifs a diminué légèrement en 2008. En effet, les rendements positifs tchèques ont été altérés par les faibles performances des actions polonaises, hongroises, turques, et, russes dans une moindre mesure.
S&P estime que les perspectives fondamentales de la région sont relativement saines à long terme. En dépit du ralentissement de la croissance dans la zone euro, où se situent les principaux partenaires commerciaux, Global Insight prévoit que l’Europe émergente enregistre pour 2008 un accroissement du PIB réel de 5,7%, en comptant celui de la Russie, la plus grande économie de la région, supposé croître de 7%.
Même si l’économie Russe est sans doute trop dépendante des exportations d’énergie, nous pensons que deux facteurs atténuent ce risque. Tout d’abord, l’augmentation des revenus et le développement du crédit ont conduit à une forte consommation des ménages russes. Ce qui soutient la croissance des services et de la production, et contribue à diversifier l’économie. Deuxièmement, bien que la montée de la spéculation ait rectifié à court-terme les prix des matières premières, nous pensons que l’augmentation séculaire de la demande dans les marchés émergents, combinée avec une production mondiale limitée, ne manquera pas à long terme de les maintenir à la hausse.
S&P s’attend à ce que les actions des pays émergents européens aient une meilleure performance que la plupart des autres catégories mondiales d’actifs d’ici la fin de l’année.
L’AMERIQUE LATINE
Les actions d’Amérique latine sont les plus performantes, les meilleures catégories d’actifs cette année, et la performance du Brésil a été particulièrement forte, lui permettant de dépasser la Chine et l’Inde et de devenir l’un des plus grands marchés actions émergents.
Le département de recherche actions de S&P estime que la bonne performance de l’Amérique latine cette année a été motivée par un environnement macro-économique relativement favorable : augmentation de la consommation, forte dynamique de croissance des bénéfices, et estimations relativement faibles. Global Insight prévoit que la croissance du PIB réel de l’Amérique latine sera de 4,6% en 2008, avec d’après les estimations, 5,1% pour le Brésil. En outre, le Mexique résiste, à notre avis, assez bien au ralentissement américain et devrait afficher 2,9% de croissance du PIB réel en 2008.
MOYEN-ORIENT & AFRIQUE
Les actions du Moyen-Orient et de l’Afrique ont enregistré, pour l’année en cours, une performance légèrement meilleure que celle des autres marchés émergents. En outre, les rendements de la région restent moins corrélés aux autres marchés actions mondiaux que ceux des marchés en développement de l’Amérique latine ou de d’Asie. Pour S&P, cela est dû au fait que le phénomène de mondialisation n’a pas encore pleinement touché un grand nombre des pays de la région.
Compte tenu de l’augmentation de la corrélation mondiale des actions, les gestionnaires financiers sont de plus en plus attirés par cette catégorie d’actifs. A notre avis c’est, pour eux, un moyen de renforcer la diversification de leur portefeuille d’actions.
Les actions du Moyen-Orient et de l’Afrique bénéficient également d’une forte croissance économique, qui est soutenue d’une part par la hausse des prix des matières premières, très liquides dans cette région, mais aussi par les importantes dépenses en infrastructure des gouvernements.
Young est un stratège des marchés actions pour Standard & Poor’s.

