Les investissements de l’État américain dans les technologies de l’internet et de la télécommunication sans fil peuvent-ils déclencher une nouvelle vague de croissance de l’emploi ?Par Michael Mandel traduction N. BOUGEANT
Tandis que Barack Obama se prépare à entrer à la Maison Blanche, la demande s’effondre dans la plupart des secteurs économiques, et le marché du travail suit cette tendance. Des usines et magasins licencient leurs employés et les consommateurs réduisent leurs dépenses. Parallèlement, les métiers de la construction sont en plein marasme et de l’on construit moins de maisons et de bureaux.
Cependant, il reste au moins un secteur dans lequel la demande a continué d’augmenter. En dépit de la crise financière, le nombre d’envois de sms, de téléphones mobiles et d’utilisateurs d’internet semble s’accroître. Notre ère est plus que jamais celle des Communications, dans laquelle les gens exigent de meilleures connections au réseau mondial.
Étrangement, cette augmentation de la demande ne semble pas s’être traduite dans une hausse de l’emploi. L’industrie des télécommunications (notamment les entreprises commercialisant des téléphones et câbles) continue à réduire le nombre de ses employés. Les fabricants d’équipement de communications se développent à peine. Les entreprises liées à l’internet (une catégorie qui inclut Google (GOOG) et Yahoo ! (YHOO) ) emploient moins de 100 000 salariés, autant dire un chiffre dérisoire à l’échelle de l’économie américaine.
En définitive, la part des emplois afférant aux communications a vraiment diminué au cours de la dernière décennie, passant de 1,7% des emplois du secteur privé en 1998 à 1,3% aujourd’hui. Si l’on considère l’audiovisuel et l’édition comme faisant partie des communications, le déclin du nombre d’emplois est encore plus important (de 2,6% en 1998, il est passé à 2,1% aujourd’hui).
L’ACCENT EST MIS SUR LES NOUVEAUX PRODUITS
Pour autant, cette pénurie d’emplois dans les communications ne subsistera pas nécessairement. Un nouveau rapport établi par la Fondation pour la Technologie de l’Information & l’Innovation (l’ITIF, Information Technology & Innovation Foundation), qui sera communiqué le 7 janvier, suggère que le plan de relance fiscale envisagé par l’État et destiné à améliorer les infrastructures haut débit, peut entraîner une hausse des emplois relatifs aux communications. Selon le rapport de l’ITIF, un groupe de réflexion non partisan, ‘un ensemble de mesures destinées à la relance et qui encouragent ou soutiennent l’investissement de 10 milliards de dollars par l’État dans les réseaux haut débit pourrait susciter la création d’environ 510 000 emplois en seulement un an.’
Les premiers emplois de ce secteur à être crées concernent les personnes employées pour installer des câbles à fibres optiques. Mais la majeure partie des emplois supplémentaires provient des entreprises qui créent de nouveaux produits et services utilisant les capacités accrues des réseaux de communication (ce que l’ITIF appelle ‘les effets de réseaux’). Cela pourrait par exemple concerner de nouveaux services d’éducation et de formation en ligne qui exigent un haut débit de forte capacité.
Mais est-ce raisonnable de s’attendre à ce que le subventionnement de l’État destiné au développement des réseaux haut débit génère tant d’emplois ? Évidemment, personne n’en est vraiment certain. Mais voici un argument de poids : tout comme l’industrie automobile à l’époque de son âge d’or, les communications représentent une industrie de pointe, encouragée par des avancées technologies rapides. D’un point de vue historique, de tels secteurs de pointe ont toujours été à la source de nombreuses créations d’emplois. Par exemple, lors de l’expansion de l’industrie automobile, celle-ci a fourni un emploi à des millions de personnes (depuis les ouvriers travaillant sur les chaînes de montage à ceux construisant des autoroutes, en passant par les concessionnaires automobile et les pompistes des stations essence). En 1972, par exemple, le secteur automobile employait 3,2 millions de personnes, soit environ 5,4% de la main d’œuvre dans le secteur privé (aujourd’hui, ce chiffre s’élève à seulement 3,6%).
Beaucoup de raisons expliquent pourquoi l’industrie automobile pourrait être un générateur d’emplois plus important que celle des communications. Une différence clé réside dans le fait que les fabricants d’automobiles n’avaient pas à se soucier de la concurrence étrangère jusque dans les années 1970. Ce qui signifiait que les fabricants automobiles produisaient pour leur propre pays.
UNE DISPARITÉ DANS LES INFRASTRUCTURES
Mais un deuxième facteur empêche la création d’emplois dans le secteur des communications. Il faut garder à l’esprit que l’industrie automobile avait sa propre infrastructure (soit les autoroutes et voies), construites et entretenues par l’État. Par ailleurs, il faut prendre en compte le fait qu’en 1965, tandis que le boom de la construction d’autoroutes inter-États touchait à sa fin, l’État a investi environ 12 milliards de dollars dans la construction et l’entretien des autoroutes et voies, en grande partie financés par les taxes sur l’essence et les autres frais relatifs aux véhicules motorisés. La vente en gros totale des nouvelles voitures, nouveaux camions et bus s’élevait à seulement environ 22 milliards de dollars au cours de la même année.
Selon toute probabilité, si les constructeurs automobiles avaient été contraints à financer eux-mêmes toute la construction des routes et autoroutes, ils auraient eu à augmenter considérablement le prix de leurs véhicules. Sinon, on aurait construit moins de routes et autoroutes, en particulier dans les zones rurales. Dans un cas comme dans l’autre, le processus de créations d’emplois se serait déroulé bien plus lentement.
Malheureusement, telle est la situation dans laquelle se trouve l’industrie des communications, qui doit financer sa propre infrastructure. Vu sous cet angle, investir chaque année 10 milliards de dollars dans les réseaux haut débit est une mesure plutôt prudente.
Toutefois, certains économistes sont réticents à penser que le secteur du haut débit servira de plan de relance à court terme. Prenons l’exemple d’un discours tenu au rassemblement annuel de l’Association des Économistes Américains qui vient de s’achever à San Francisco, au cours duquel Robert Hall, un éminent économiste de l’Université de Stanford, a fait remarquer qu’il existe très peu d’entrepreneurs qui savent de quelle façon construire des réseaux haut débit. Cela signifie qu’il se peut qu’une augmentation rapide de la construction s’avère difficile. Néanmoins, Robert Atkinson, président de la fondation ITIF, indique que ‘ce marché subit déjà un ralentissement et on pourrait y employer et former plus de personnes rapidement qu’actuellement, en ce qui concerne les emplois les plus faciles de ce secteur d’un point de vue technique.’
Au final, le jeu en vaut la chandelle. Il est probable que susciter des emplois dans le secteur des communications, où la demande est croissante, s’avère bien plus facile que de créer des emplois dans d’autres industries telles que celle de l’automobile, où la demande diminue. Il est toujours plus facile de réussir une chose lorsque la voie qui y mène est déjà ouverte.

