Dans cette période de crise, que se passerait-il si une méthode miracle de résolution des problèmes nous était offerte ? si des équations mathématiques nous ouvraient la voie vers de meilleurs résultats (un projet de loi du Congrès plus défendable ou encore un meilleur moyen pour les entreprises de nous vendre des gadgets)? Selon Scott E. Page, professeur à l’Université du Michigan, cette panacée existe : lorsqu’au Congrès, dans une salle de réunion d’une grande entreprise ou n’importe où ailleurs, un ensemble de personnes doit résoudre un problème ou établir des prévisions, un groupe varié est plus à même de produire un meilleur résultat. En utilisant des modèles mathématiques similaires à ceux utilisés sur les marchés financiers, Page démontre comment les différences mettent à mal l’homogénéité. « Je ne fais pas de déclarations politiques » précise t-il, « ce sont des résultats mathématiques ».
Ce type d’analyses sonne juste aux oreilles de nombreux hauts responsables africains américains. Examinons la réponse d’un groupe de 120 africains américains, dirigeants au sein de compagnies nationales. Une fois par an, Ariel Investments, un fonds de pension basé à Chicago et le cabinet de chasseur de têtes Russell Reynolds Associates, organisent une réunion d’éminents chefs d’entreprise d’origine afro-américaine. Alors que Page, qui est blanc, exposait sa théorie au cours de la Conférence annuelle des Chefs d’entreprises Noirs le 6 septembre dernier à Laguna Beach (Californie), de nombreux sourires apparurent au sein de l’auditoire et il fut même acclamé. « Il a apporté un cachet plus important à cette conférence »affirme Charles A. Tribbett, directeur général de l’antenne Russell Reynolds à Chicago.
A l’époque d’Obama, celle où un Noir constitue un candidat tout à fait valable à l’élection présidentielle, les chefs d’entreprises cherchent un moyen de créer un monde de l’entreprise aussi ouvert que l’arène politique. En plus des dirigeants noirs présents à la conférence, de nombreux dirigeants blancs parmi les plus puissants du pays (Jeffrey Immelt, PDG de General Electric, Andrew McKenna, président de McDonald’s et Roger Enrico, président directeur de DreamWorks Animations) étaient présents pour discuter de l’importance de la diversité au sein des salles de conseil.
LUTTER POUR CASSER LA BARRIERE RACIALE
Pour eux, la diversité n’est pas un sujet tabou. Et leur présence montre bien que la conférence (pour sa septième année) a étendu son envergure. « Nous avions une réputation naissante les précédentes années » indique Mellody Hobson, présidente d’Ariel, « maintenant il existe une forte dynamique dans le sillage de Barack Obama et toute cette énergie aide à mettre les problèmes raciaux sur le devant de la scène ».
Pas de doute, le monde de l’entreprise américain n’en a pas fini à ce sujet. Une grande majorité des entreprises publiques américaines ont encore des conseils d’administration plutôt homogènes, c’est-à-dire constitués d’hommes blancs grisonnants. Au sein des 100 plus grosses entreprises du pays, les Noirs américains occupent seulement 9% des sièges au conseils d’administration, bien qu’ils représentent 13% de la population totale et environ 12% des actifs. Autre fait marquant : la représentation des Noirs au sein de la classe dirigeante est restée la même qu’il y a deux ans et cette proportion aurait tendance à s’amoindrir selon les chiffres publiés par The Executive Leadership Council, organisation à but non lucratif constituée des dirigeants noirs et destinée à promouvoir le leadership au sein de la communauté noire.
Les femmes ainsi que les autres minorités représentent à peine 14,8% des sièges occupés aux conseils d’administration des 500 premières entreprises américaines en 2007, ce chiffre étant le même qu’en 2005, selon les enquêtes de Catalyst Inc. « Il existe des raisons pragmatiques, un facteur déterminant à laisser entrer aux conseils d’administration des personnes issues des minorités » affirme le Professeur Page, « cet avantage provient de leur manière de penser différente due à des expériences de vie différentes ».
Pour les dirigeants présents à la conférence, il ne s’agit pas de fomenter des stratégies afin d’augmenter le nombre de femmes et de personnes issues de minorités au sein des conseils d’administration. Le but recherché est d’apprendre aux dirigeants noirs américains et à leurs collègues blancs comment tirer profit d’un conseil d’administration diversifié. Immelt, Enrico et les autres menèrent des débats orchestrés par Soledad O’Brien de CNN.
Les échanges portèrent sur la manière dont les dirigeants, noirs comme blancs, pouvaient au mieux interagir et sur la manière dont les entreprises pouvaient au mieux utiliser l’expertise et les références des directeurs noirs.
Au cours de son discours, Immelt exposa les efforts en cours chez General Electrics pour récupérer certains directeurs noirs que la compagnie a perdu et comment il exhorte ses employés à quitter leur petit confort et à créer des liens avec leurs collègues et leurs partenaires.
Cette discussion a été caractéristique des valeurs portées par la conférence. « Si vous désirez être un directeur efficace, il est bon d’échanger avec d’autres, et pas uniquement ceux de votre groupe ethnique, et de partager leurs expériences » affirme William H. Gray III, ancien membre du Congrès et président d’Amani Group, cabinet de conseil auprès d’institutions gouvernementales, de l’éducation et du monde des affaires.
Ces très talentueux noirs américains ne seraient pas aux commandes s’ils ne détenaient pas une expertise considérable. Cependant, nombre d’entre eux estiment que les conseils d’administrations manquent des nombreuses opportunités en n’exploitant pas les atouts apportés par la vision différente d’un de leur collègue noir, tels que de nouveaux fournisseurs, des solutions légales ou financières sous-utilisées et tout un réservoir de talents inexploités.
PERSPECTIVES POLITIQUES
La conférence en est arrivé à la conclusion que quelques fois mettre un sujet à l’ordre du jour est aussi simple que de lever la main. « Nous nous devons d’utiliser notre position de chefs d’entreprises pour nous adresser aux conseils d’administrations, aux banques et aux autres interlocuteurs » clame le PDG d’Ariel John Rogers, qui avec l’aide de Charles Tribbett (Russell Reynolds) a été à l’origine de la mise en place de cette conférence.
Les chefs d’entreprises eurent également la visite de politiques qui luttent depuis longtemps contre les problèmes raciaux. Bill Bradley, ancien sénateur, a fait part de son expérience en tant que représentant d’une circonscription électorale mixte (blancs et noirs). De même fit James Clyburn, membre du Congrès. Enfin Valerie Jarrett, proche conseillère de Barack Obama expliqua que la détermination de celui à remporter les primaires démocrates en Iowa ne relevait pas du hasard. Mettre du temps et de l’énergie à remporter les caucus dans cet état revenait à dire « oui, je suis un candidat crédible » explique Valerie Jarrett. Les victoires précoces d’Obama dans des états à majorité blanche ont contribué à asseoir sa légitimité en tant que candidat et lui ont permis de s’exprimer de manière plus crédible à propos des problèmes qui affectent les communautés noire et blanche. De ce fait, « il a redéfini les termes du dialogue ».
Pour autant les conseils d’administration américains ne sont pas le reflet des couloirs du Capitol. Le sujet des races est souvent évité au nom du politiquement correct. Mais que ce soit au Congrès ou dans le monde des affaires, le Professeur Page nous rappelle ce qui peut nous mener à de meilleurs résultats.
Roger O. Crockett traduction J. Lawson

